28 mars/journée de la terre de Palestine et d’autres… par Philippe TANCELIN, poète-philosophe

 

Ci-dessous, dans la ville de Sakhnin, aujourd’hui en Israël mais peuplée majoritairement d’arabes,

un monument a été érigé en souvenir des 6 manifestants morts dans la ville le 30 mars 1976.

Ce monument aux victimes est un travail israélo-palestinien de 1978 réalisé par Abed ABDI [1]

et Gershon KNISPEL [2], artistes respectivement palestinien et israélien. 

Le 28 mars dernier, à l’appel de 90 organisations associatives, syndicales ou politiques, des manifestations ont été organisées dans toute la France, à l’occasion de la Journée de la terre, pour la défense des droits du peuple palestinien sur la base du droit international.

Cette journée commémore la répression sanglante du 30 mars 1976 – qui fit 6 morts et une centaine de blessés et des centaines d’arrestations – de la grève générale lancée en Galilée (massif montagneux rocailleux situé dans le nord d’Israël) à la suite de la confiscation, le 19 février 1976, par les autorités israéliennes de 2 500 ha de terre dans cette région.

Suivant le mot d’ordre lancé par le Comité pour la défense des terres arabes – front constitué en  sous l’égide du Rakah (parti communiste israélien) réunissant des villageois, maires et conseillers municipaux des villages arabes, en Galilée et dans la région du Triangle (la seconde région de peuplement arabe en importance à l’intérieur d’Israël) avec les chefs traditionnels de la communauté druze et les chefs tribaux des bédouins du Néguev – les Palestiniens de nationalité israélienne réagirent par la grève générale.

Aujourd’hui c’est tout le Moyen-Orient qui est embrasé par la guerre dite « préventive » – pas plus légitime que les autres – déclenchée par les USA et Israël contre l’Iran et par Israël contre le Liban, tandis que la guerre continue à faire rage également en Ukraine et au Soudan (quatrième guerre civile soudanaise ou  « guerre des généraux », conflit armé ayant débuté le et que le Vénézuéla et Cuba sont menacés dans leur existence vitale et leur identité par l’Amérique impérialiste de TRUMP [4].

Notre ami Philippe TANCELIN, poète-philosophe, nous livre ci-dessous, dans un magnifique poème, sa réflexion lucide et indignée sur tous ces maux et désastres qui accablent notre planète terre et surtout nos frères « damnés » et exclus de cette terre devenue sanglante du fait de tous les « usurpateurs » qui sévissent partout dans le monde…

Louis SAISI

Paris, le 9 avril 2026

 

28 mars/journée de la terre de Palestine et d’autres…

par Philippe TANCELIN, poète-philosophe

Ci-dessus, des milliers d’arabes israéliens commémorent la journée de la Terre

 

Terre

                                                       à bout de maux

       des Hommes

                                                     à bout de mots

 

En ce jour célébrant

frères damnés

de la faim de la soif

à la merci des bombes

sous le joug tortionnaire

des usurpateurs

en Palestine

au Liban en Iran

en Ukraine au Soudan

ailleurs et à l’instant…

Vous êtes debout

 

Au détour de minuit

dans le calme sauvage

que dirons-nous encore que n’ayons déjà dit… !

 

Que hurler par nos voix rases

sous le plomb des silences !

Que gravir de nos pas exilés !

Que lever pour lumière

depuis l’obscur des temps !

Que rêver les roses

dans des sables captifs !

Quel souffle offrir aux lointains horizons

pour changer de ciel…

Quand ce monde du chaos

de la ruine et des camps

sur les routes des siècles

verse dans l’abîme

les déplacés les pourchassés

brise les plumes

brûle les cahiers

      plonge dans la boue

le verbe incandescent

jette la mémoire dans les puits d’abandon

ensanglante les mains

les pieds aux quatre vents

change le bois des berceaux

en linceuls

recouvre de gravats

les morts et leur chiffre

prend l’arc-en-ciel

dans les chaînes

tranche la main

pour ses lignes d’étoile….

 

Terre sous les hardes

Terre des calomniateurs

Terre souillée

en tes visages d’antan

 

Terre

de décharge

sous l’aile des bombardiers

nos cris de voie perdue

errent de tombeaux en tombeaux

sur tes légendes

La face que te dévorent les hommes

n’a plus de cache

dans les yeux de la lune

des blés

disputés aux ténèbres

 

Terre

détournée de tes plus beaux rivages

nous avons profané le foyer de tes rêves

brisé le cou de la gazelle

                     abandonné tes lèvres aux médisants

                         flétri tes seins sous nos doigts infidèles

                                      laissé perdre ton lait au mépris des naissances

              peigné ta chevelure jusqu’au sang

 

Terre

la tête nous tourne

du désir obsédant

de fondre d’amour sous tes soleils

tandis qu’à chaque pas

en limite de l’ombre

abordent tes ravisseurs

au goût de lame

affûtée de leur haine.

 

Terre

pour nos mots

vacillant sous tes maux

pardon !

 

Philippe TANCELIN (Mars 2026)

Poète-philosophe

NOTES

[1] Abed ABDI (arabe : عبد عابدي, hébreu : עבד עאבדי), né en février 1942 à Haïfa, est un peintre palestinien, graphiste, sculpteur et conférencier en art.

ABDI a travaillé comme forgeron et a illustré des publications en arabe qui paraissaient en Israël. En 2023, le travail d’Abed ABDI a été présenté dans l’exposition collective « On This Land » à la Alserkal Arts Foundation à DUBAÏ, mettant en avant des artistes palestiniens et arabes. Après avoir étudié à DRESDE, ABDI est devenu le premier Palestinien à créer de l’art monumental sur sa terre natale.

{2] Gershon KNISPEL (hébreu : גרשון קניספל ; 11 septembre 1932 – 7 septembre 2018) était un sculpteur israélien né en Allemagne qui a travaillé en Israël et au Brésil. Il fut l’un des principaux artistes israéliens de la seconde moitié du XXe siècle. Au cours de sa carrière de soixante ans, il a remporté des prix lors des biennales internationales de Berlin, Moscou et São Paulo.

Il était membre du Parti communiste en Israël et au Brésil et était actif dans les cercles politiques.

En tant que représentant éminent du courant du « réalisme social » dans l’art israélien, KNISPEL s’est tourné vers la peinture des conditions de vie des survivants de l’Holocauste.

[3] Au SOUDAN, en 2 ans, la guerre a fait des centaines de milliers de morts, entraîné le déplacement de plus de 10 millions de personnes et provoqué une crise humanitaire d’une extrême gravité. La famine est déclarée en juillet dans le camp de déplacés de Zamzam, au Darfour. Plus de 25 des 45 millions de Soudanais ont besoin d’aide humanitaire pour survivre dans un contexte de pénurie chronique de nourriture et d’eau potable selon les Nations unies.

La journaliste Ingrid THERWATH, en juillet 2025,  déplorait dans Le Courrier international  le fait qu’une « lutte de pouvoir entre deux factions rivales » soit devenue « un conflit d’anéantissement à la fois militaire, politique, et ethnique ».

[4] Voir sur ce site notre article  publié le 3 mars 2026 sous le titre Le nouvel impérialisme américain trumpien (III)https://ideesaisies.deploie.com/iii-le-nouvel-im…-par-louis-saisi faisant lui-même suite à l’article Les États-Unis: une histoire constante d’expansionnisme territorial de la Nation américaine considérée comme « élue de Dieu », https://ideesaisies.deploie.com/les-etats-unis-u…-par-louis-saisi/ (17 février 2026).

 

 

 

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