Le 6 juillet 2025, il y a un peu plus d’un an déjà, Ziad MEDOUKH, poète palestinien de Gaza, se faisait l’écho sur notre site des 1000 jours de souffrance de la population de l’enclave palestinienne.
Aujourd’hui, la situation est aussi tragique car, comme en 2025 déjà, le simulacre du cessez-le-feu entérine de fait par la communauté internationale officielle – tout en lui donnant bonne conscience – l’abandon de 2 300 000 palestiniens à leur triste sort, celui d’une population sous le joug d’une puissance occupante, peu soucieuse de l’application du droit international humanitaire.
Ainsi, un an après le cessez-le-feu censé mettre fin à la guerre à Gaza, la paix demeure hors de portée. Les bombardements israéliens se poursuivent, la reconstruction est au point mort et les négociations politiques piétinent.
Le bilan de la guerre à GAZA, au 18 septembre 2026, publié ci-dessous par les Nations Unies [1] est consternant :

Le 15 octobre 2026, devant le Conseil de sécurité, Ramiz ALAKBAROV, qui dirige les efforts de l’ONU pour parvenir à une paix durable au Moyen-Orient, a lancé un avertissement très clair.
« Le risque d’un retour à la guerre n’a jamais été aussi élevé », a-t-il dit par visioconférence, depuis son bureau à Jérusalem. [2]
Le constat est d’autant plus sévère que la trêve, entrée en vigueur le 10 octobre 2025, sous l’égide des États-Unis, devait ouvrir la voie à un règlement durable du conflit. Or, depuis cette date, les opérations militaires israéliennes – qui n’ont jamais cessé et ont été régulièrement dénoncées par les instances onusiennes et humanitaires – ont fait quelque 1 500 morts palestiniens, dont plus de 320 enfants et 140 femmes, selon le ministère de la santé de Gaza, cité par le responsable onusien. [3]
Force est de constater que pour le président MACRON et le Gouvernement français ainsi que pour l’Union européenne le sort de GAZA suscite moins leur intérêt que la situation de guerre en Ukraine, sans doute parce que la mise en cause, aux côtés d’Israël, de l’autre puissance impérialiste complice n’est par la Russie mais le gouvernement des États-Unis dirigé par Donald TRUMP dont on se souvient qu’en février 2025 il voulait faire de Gaza une Riviera à sa gloire, ce qui avait alors provoqué une vague d’indignation au sein de la communauté internationale…
Nous publions ci-dessous, exprimé de l’intérieur de GAZA où il vit, le nouveau témoignage de Ziad MEDOUKH – qui a eu personnellement, en plus de ses propres maux de santé, la douleur de perdre sa chère mère – qui relate, entre autres, la difficulté de se soigner à GAZA, ce dont il a été lui-même victime tout comme 15 000 palestiniens souffrant de maladies chroniques et qui attendent leur évacuation sanitaire.
Mais cela n’empêche pas le poète gazaoui de continuer son combat en s’impliquant toujours autant dans les centres éducatifs pour organiser des activités de soutien psychologique des jeunes enfants ainsi que d’orientation en matière d’insertion professionnelle des éducateurs déjà très impliqués dans les apprentissages scolaires des plus jeunes (comme le montre éloquemment la 2ème photo ci-dessous).
Louis SAISI,
Paris, le 26 octobre 2026
NOTES
[1] ONU (site) : » L’ONU et la crise dans les territoires palestiniens occupés « , 23 octobre 2026.
[2] ONU info : « Gaza : un an après le cessez-le-feu, l’ONU craint la reprise de la guerre », 15 octobre 2026.
[3] ONU info, ibid : « Gaza : un an après le cessez-le-feu, l’ONU craint la reprise de la guerre », 15 octobre 2026.
Après trois ans de cette agression horrible, à Gaza,
même la survie nous est interdite,
par Ziad MEDOUKH, poète palestinien
Trois ans depuis le début de l’agression horrible, un an depuis l’entrée en vigueur du prétendu cessez-le-feu, la situation est toujours tragique et dramatique dans la bande de Gaza.
Plus de 2 300 000 Palestiniens, abandonnés par la communauté internationale officielle, survivent dans des immeubles à moitié détruits ou dans des tentes déchirées, plantées parfois sur les ruines de leur maison.
Ci-dessous, un homme, à Gaza, se tient devant des bâtiments gravement endommagés et des rangées de tentes plantées devant les ruines de maisons (photo extraite du site de l’ONU)

Le bilan provisoire donné par le ministère de la Santé et de l’Autorité palestinienne de Ramallah et approuvé par les organisations internationales est terrible. 75 000 morts, parmi eux, 22 000 enfants, 9 000 femmes, 150 000 blessés, 10 000 disparus encore sous les décombres. Depuis ce cessez-le-feu fragile, presque 1 600 morts et 6000 blessés.
Je ne sais pas de quoi parler. Des morts, des blessés, de la destruction massive, de la pénurie de tout ? Des déplacements forcés, de l’angoisse, de la peur, de l’inquiétude, de l’insécurité, de l’absence de perspective ? Tout est horrible à Gaza. La situation ne cesse de se dégrader pour tous les Palestiniens de Gaza. C’est vrai, les bombardements sont actuellement moins intensifs mais ils continuent. L’occupation bombarde n’importe où, n’importe quand. Elle vise selon ses arguments, des activistes, des militants, des responsables des factions militaires ou des partis politiques, mais elle tire sur une voiture où se trouve cinq ou six personnes, il y a toujours des civils qui tombent. Les bombardements touchent un centre médical, un marché, une clinique, n’importe quel appartement, une maison et donc forcément toujours des civils. La communauté internationale et les médias n’en parlent pas, malheureusement.
85% des habitants de Gaza vivent dans des tentes. Ceux qui le peuvent louent très cher une petite chambre, un appartement ou une petite maison. Ces maisons sont visées, fragiles. Même la survie nous est interdite parce que l’occupation ne nous laisse pas tranquille : soit elle bombarde, soit elle détruit ; elle interdit l’entrée des camions pour le secteur privé, ou ceux pour les organisations internationales débordées.
Le système de santé s’est totalement effondré. 15 grands hôpitaux ont été visés. Il reste seulement quelques cliniques et des centres médicaux qui fonctionnent seulement grâce à la volonté des médecins, des infirmières avec peu de moyens. Les équipements médicaux ne passent pas et quand ils tombent en panne, c’est difficile de trouver des pièces détachées ou des pièces de rechange. Donc tout est interdit. Un seul passage, celui de Kermen Shalom au sud de la bande de Gaza est partiellement ouvert. 150 à 200 camions passent chaque jour avec des choses inutiles : des chips, des biscuits, des gâteaux, des sodas, des boissons gazeuses. Par contre, les choses voilà essentielles comme les tentes, le matériel médical, les fruits, les légumes, la viande, le poulet, la fourniture scolaire, les ustensiles de cuisine, le gaz, les carburants et l’essence ne passent pas. C’est pour cela que tout est très cher à Gaza qui est devenue actuellement la ville la plus chère au monde. Une bouteille de gaz de 10 kg coûte 400 €, avant l’agression elle coûtait à peine 40 €. C’est un exemple concret. Si tu as les moyens tu l’achètes, sinon tu es obligé de cuisiner sur le feu de bois. Dans cette ville dévastée, on souffre de la pénurie de tout : médicaments, eau potable, électricité, nourriture et autres, horrible !
En hiver, la situation sera dramatique pour les habitants des tentes parce qu’elles sont abîmées et que les nouvelles tentes plus solides ne passent toujours pas.
Mon vécu est un peu différent parce que j’écris, je témoigne pour les médias. J’ai publié quatre livres en français ces trois dernières années, deux récits et deux recueils de poésie, mais même si j’en écrivais des dizaines, voire des centaines, je ne pourrais pas décrire exactement cette horrible réalité. Tous les articles, tous les témoignages des journalistes palestiniens, des activistes dans des organisations internationales, des médecins étrangers qui ont réussi à venir pour soigner les patients, tous nos témoignages ne sont rien par rapport à la réalité.
En ce qui me concerne, j’ai été malade ces derniers trois mois : tout d’abord, des problèmes de genoux. Les médecins m’ont conseillé d’aller dans des piscines or toutes les piscines sont détruites. Aller à la plage est difficile. Depuis trois ans, je n’y ai pas mis les pieds parce qu’il y a des tentes partout et que la marine israélienne tire sur les gens qui approchent de la mer, même sur les pêcheurs. J’ai été obligé de mettre de l’huile d’olive sur mon genou parce que les crèmes et les pommades que m’ont conseillées les médecins sont inefficaces. Les médicaments qui entrent pour les organisations internationales donc sont soit introuvables, soit périmés donc inutiles et inefficaces.
Après, j’ai eu des difficultés respiratoires. Je n’ai pas pu faire de radio des poumons parce qu’il n’y a pas d’appareils médicaux. On m’a conseillé de voir s’il y a un problème de cœur. J’ai fait deux fois des échographies ; ça va, mais les analyses sont incomplètes parce non seulement il n’y a pas les équipements médicaux nécessaires mais aussi que les matières et les produits pour ces appareils ne peuvent pas entrer à Gaza.
Ensuite, ma prothèse dentaire est tombée. Je suis allé chez trois dentistes différents et j’ai payé très très cher. Mais la prothèse est retombée chaque fois, une semaine après. On ne peut pas la réparer parce qu’il n’y a pas le matériel nécessaire. C’est très embêtant parce que je ne peux pas manger normalement.
C’est difficile de se soigner à Gaza. J’ai beaucoup souffert. Il y a une petite amélioration aujourd’hui mais j’ai toujours des difficultés respiratoires.
Mais mon cas n’est rien par rapport à celui de 15 000 patients qui ont des maladies chroniques et qui attendent leur évacuation. Le passage de Rafah n’ouvre que deux jours par semaine. Moins de 30 malades sortent par jour. À ce rythme, il faudra quatre ans pour évacuer tous les malades de Gaza. On doit supporter l’insupportable.
Le 30 septembre dernier, j’ai perdu ma mère, Elle a laissé un grand vide.
Ma mère, c’était une grande chose pour moi : c’était un territoire, c’était un espace, c’était une patrie. C’était pour moi Gaza. C’est elle qui m’a élevé, c’est elle qui m’a éduqué, c’est elle qui m’a aidé à trouver le chemin de la vie, de l’éducation. Ma mère représente tout pour moi : c’est elle Gaza, c’est elle la Palestine. C’est grâce à elle et à mon père, disparu il y a 22 ans, que j’ai la patience et le respect des autres. Ils m’ont montré la non-violence, à aimer l’éducation et les enfants, à donner et à respecter. Tout est terrible après la disparition de maman, je suis bouleversé, atterré, j’ai beaucoup de peine à l’accepter, mais voilà.
Heureusement, elle a habité chez moi avant son hospitalisation, je me suis occupé d’elle avec ma femme et mes enfants pendant deux mois Mais après, sa santé, s’est dégradé et elle a passé deux semaines à l’hôpital jusqu’à son décès le 30 septembre. Lors de son enterrement et lors de ses funérailles, il y avait un monde fou parce qu’elle était aimée par tout le monde et qu’elle aidait tout le monde. Il y avait du monde malgré les bombardements, malgré les conditions difficiles de Gaza, le transport, le déplacement, des milliers des personnes qui sont venues à la maison de deuil pendant trois jours, dans la ville de Gaza. J’ai également été entouré par des milliers de personnes dans les pays francophones et dans le monde entier qui m’ont envoyé des messages ou qui m’ont appelé. Merci beaucoup les amis pour votre soutien. Ça a soulagé un peu donc ma souffrance mais la douleur c’est la douleur Et donc pour moi c’est difficile. Jusqu’à maintenant je ne crois pas encore qu’elle soit partie. Elle restera toujours gravée dans mon cœur, dans ma mémoire. C’est difficile d’écrire et de raconter. Jusqu’à son dernier souffle, elle parlait de l’espoir, de l’avenir, de la libération de la Palestine, de la reconstruction de Gaza, et surtout elle nous a donné des conseils pour traverser le chemin de l’avenir. Que ma mère repose en paix
Mais malgré la situation horrible, trois éléments positifs :
L’éducation. Malgré la destruction de presque 320 écoles et 15 grandes universités de Gaza, en dépit de l’assassinat de 10 000 professeurs, enseignants, personnels de l’éducation et élèves, parmi eux 1450 étudiants, et 295 professeurs universitaires, depuis le début de cette agression. Les cours ont repris, dans 730 points éducatifs partout dans la bande de Gaza -des centres éducatifs dans des immeubles visés, dans des tentes éducatives, dans les camps de déplacés, dans des écoles où s’étaient installés des déplacés qui avaient tout perdu mais qui ont accepté de retourner sous sous les tentes pour permettre aux enfants de poursuivre leurs cours. Le taux de scolarisation est actuellement autour de 87 % et ça c’est un signe positif. L’éducation est devenue une forme de résistance par la non-violence et un signe d’espoir pour l’avenir. Même l’université a repris, souvent virtuellement.

Deuxième aspect positif : la résilience de cette population qui a décidé de rester, de ne pas partir Une population qui s’adapte, qui demande seulement à vivre ou à survivre.
L’occupation impose des entraves, des obstacles, la fermeture de passage, l’interdiction de faire passer les matériaux de construction, bloque le passage de beaucoup de produits, continue de bombarder et de détruire. Mais la population, avec sa volonté remarquable, sa patience extraordinaire, continue de survivre avec l’espoir d’un changement politique rapide.
Troisième aspect, la solidarité internationale. Malgré le silence complice des dirigeants de la communauté internationale officielle, la population bouge. Personnellement, je reçois tous les jours des photos, des vidéos de manifestations, de rassemblements, des projections, des films, des débats, des soirées de solidarité partout dans les pays francophones qui montrent que la cause palestinienne ne sera jamais oubliée et que la population pourra influencer les politiques et les pousser à changer leur position. Elle a commencé à travers le boycott, par l’interdiction de livrer des armes dans les ports et les aéroports européens. La mobilisation populaire dans ces pays dit non à l’occupation et à la colonisation, oui à la justice et à la paix en Palestine.
Personnellement, je continue de m’occuper des centres éducatifs, des enfants, et des étudiants et diplômés de français, avec lesquels on organise des activités de soutien psychologique pour les enfants. J’ai réussi cette année à trouver de petits boulots pour 10 diplômés de français comme professeurs de français et comme animateurs francophones dans les centres éducatifs, et dans les associations avec de petites rémunérations grâce au soutien des amis solidaires francophones que je tiens à remercier pour leur soutien et pour leur encouragement.
On va donc continuer notre mission, même si les conditions sont difficiles
La population de Gaza aime beaucoup la vie. Elle va vivre malgré tout, même si elle ls se sent parfois oubliée, enfermée, abandonnée par le reste du monde. Elle s’adapte, espère une amélioration des conditions de vie et attend un changement politique et surtout, un rôle plus actif de la communauté internationale pour imposer le droit international et la justice à Gaza et en Palestine.
En attendant, à Gaza la dévastée, chaque jour est une lutte pour survivre !
Ziad MEDOUKH