DOM HÉLDER CÂMARA, ÉVÈQUE BRÉSILIEN, ET LES TROIS FORMES DE VIOLENCE par Louis SAISI

Au moment où beaucoup de politiques ainsi que nos gouvernants en place fustigent les « Gilets jaunes » pour mieux discréditer leur mouvement de contestation sociale et politique, souvenons-nous ce qu’écrivait, déjà en 1970, l’évêque brésilien Dom Hélder CÂMARA (1909-1999), défenseur des droits de l’homme dans son pays et grande figure de la théologie de la libération en Amérique latine, évêque alors fermement engagé en faveur des plus pauvres, ce qui lui valut le surnom d’« évêque des pauvres » ou « évêque des bidonvilles ».
« Il y a trois sortes de violence :
La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie que de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième, qui la tue. »
(Dom Hélder CÂMARA « Spirale de la violence« , Éditions Desclée de Brouwer, 1er février 1970).
ADDENDUM
Dom Hélder CÂMARA critiqua la dictature militaire brésilienne, qui le surnomma « l’évêque rouge », ce qui lui fit dire :
« Je nourris un pauvre et l’on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n’a pas de quoi se nourrir et l’on me traite de communiste. »
Marginalisé dans l’épiscopat brésilien et opposant à la dictature des généraux (1964-1985), il entreprit une série de conférences en Europe et spécialement en France (en 1970 au Palais des sports ou en 1983 avec La Vie), au cours desquelles il n’eut de cesse de dénoncer la situation de pauvreté du tiers monde, les ventes d’armes à son pays, la guerre du Viêt Nam et la violence de la dictature brésilienne.
Il se référait souvent à GANDHI et à MARTIN LUTHER KING, par sa proximité avec les mouvements non-violents.
Il mit en place une pastorale tout entière orientée vers le service des pauvres, qui s’appuyait sur le mouvement Action Justice et Paix (cf. Spirale de la violence, Paris, 1970) et sur un séminaire populaire dans lequel il exprimait le souhait que les futurs prêtres soient aussi bien formés à l’action sociale qu’à la théologie.
En 1977, il participa à la Conférence des évêques d’Amérique latine sur la non-violence.
Entre 1970 et 1977, sa réputation était telle qu’il fut fait docteur honoris causa des quatre universités suivantes : LOUVAIN (Belgique) en 1970 ; CHICAGO (États-Unis) en 1974 ; AMSTERDAM (Pays-Bas) en 1975 ; et UPPSALA (Suède) en 1977.
Il publia entre autres :
- Le tiers monde trahi, Paris, Desclée de Brouwer (DDB), 1968.
- Spirale de la violence, Paris, DDB, 1970.
- Révolution dans la paix, Paris, Le Seuil, 1970.
- Pour arriver à temps, Paris, DDB, 1970.
Louis SAISI
Paris, le 19 janvier 2019
2 commentaires sur “DOM HÉLDER CÂMARA, ÉVÈQUE BRÉSILIEN, ET LES TROIS FORMES DE VIOLENCE par Louis SAISI”
Très intéressant !
Howdy fantastic blog! Does running a blog similar to this take a large amount of work?
I’ve absolutely no expertise in programming but I
had been hoping to start my own blog soon. Anyway,
should you have any ideas or tips for new blog owners please
share. I understand this is off subject but I simply
had to ask. Thanks!
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Ma réponse (LS)
Merci de votre confiance, mais nul ne détient le monopole de conseils et recommandations pouvant être dispensés en vue de la constitution d’un blog car cela touche à la liberté de chacun, à sa sensibilité et aussi à ses convictions personnelles sur les différentes facettes de la vie en société.
C’est dire que les quelques considérations que je développe ci-dessous résultent donc seulement de ma modeste pratique et de ma propre réflexion personnelle et n’ont aucune prétention didactique absolue.
I/ Vouloir posséder un blog c’est d’abord vouloir partager des idées et des émotions avec d’autres personnes appartenant à la même humanité que la nôtre, et dans un échange fraternel et passionné en abolissant le temps et l’espace car l’impression d’un blog personnel est rapide et fait l’économie d’un éditeur. Quant à l’aire géographique de sa publication, c’est la terre tout entière, ce qui est déjà, en soi, excitant et merveilleux, comme aux premiers temps de la révolution de l’imprimerie de GUTENBERG, ce qui nous ramène à cette prolifique période de mutation de la société occidentale que fut la Renaissance, entre 1450 et 1454, notamment à MAYENCE (ALLEMAGNE) où vit le jour l’imprimerie. Nous vivons aujourd’hui la même mutation que celle de la Renaissance, avec la révolution informatique qui a accéléré le processus d’accès au savoir et à sa diffusion.
II/ Ecrire régulièrement dans un blog, cela demande du temps et beaucoup de travail si l’on veut publier des articles de qualité susceptibles d’intéresser voire de passionner les lecteurs internautes qui sont également très sollicités par d’autres blogs, ainsi que par des revues et des articles de presse, nombreux, également aujourd’hui publiés sur la Toile et visant à capter l’attention des lecteurs potentiels de tous pays. Si nous voulons apporter quelque chose d’original ou de « neuf » au développement des idées, il nous faut donc prendre le temps de faire mûrir notre pensée pour la développer dans une réflexion et argumentation pertinentes.
III/ En effet, s’efforcer de produire des articles de qualité nécessite un travail de recherche des informations et des connaissances déjà acquises qui sont puisées soit dans les classiques livres-papier, toujours utiles et nécessaires, ou sur un certain nombre d’encyclopédies en ligne susceptibles d’être consultés sur Internet. Mais cela ne suffit pas car tous ces savoirs accumulés doivent être croisés et confrontés pour vérifier leur fiabilité et validité si nous ne voulons pas prendre le risque d’être des « marchands » d’approximations, ou pire, d’illusions cédant à la quête du « sensationnel » et parfois même du « complotisme » qui obscurcit la raison car il se nourrit des intentions négatives prêtées aux hommes ou à un groupe d’hommes, ce qui s’éloigne d’une recherche objective autour d’une réalité factuelle sensible.
Il ne faut pas céder au « scoop » ou à l’émotion mais avoir pour seuls moteurs notre raison et la recherche de la vérité. Il faut toujours confronter les savoirs engrangés avec d’autres produits par des sources sûres et fiables : il faut être attentif aux dates de production de ces savoirs car le savoir est constamment renouvelé par les nouvelles recherches sur les questions traitées, et il faut éviter de nous référer ou de reproduire un savoir déjà dépassé.
IV/ Après la collecte du savoir existant vient ensuite le temps de la réflexion et de l’articulation de ces savoirs autour d’une question centrale forte propre à chaque sujet évoqué. Que cherche-t-on d’essentiel dans la question que nous posons?
V/ Le choix des sujets traités dépend de nos connaissances déjà acquises, de notre formation, de nos centres d’intérêt et de tout ce qui est susceptible d’intéresser, aujourd’hui, les internautes en quête de sens et de repères solides qui cherchent un éclairage relativement complet et pertinent sur un sujet traité. Il s’agit souvent de démêler la complexité des choses, de leurs contradictions pour développer une orientation intellectuelle, plus ou moins totalisante, sur un sujet traité, si possible de manière complète et nuancée pour appréhender une réalité mouvante et multiforme.
Dans les champs respectifs des sciences dites « dures » (sciences de la nature, ou formelles) ou « molles » (sciences humaines et sociales), les entrées pluridisciplinaires aident à avoir une vision plus large et multiforme sur un sujet abordé.
Tout cela appellerait bien sûr d’autres développements encore plus abondants que cette évocation dans le cadre d’un échange se proposant d’aller à l’essentiel.
Bien cordialement à vous, et bon courage si, comme je vous le souhaite, vous vous lancez dans la palpitante aventure de la création d’un blog.
LS