La lutte politique par délégation contre l’extrême droite : le soutien apporté par la social-démocratie allemande à HINDENBURG n’a pas empêché Hitler d’accéder au pouvoir en janvier 1933

La lutte politique par délégation contre l’extrême droite : le soutien apporté par la social-démocratie allemande à HINDENBURG n’a pas empêché Hitler d’accéder au pouvoir en janvier 1933…

 

 

 

 

À l’occasion des dernières présidentielles des 23 avril et 7 mai 2017, plusieurs leaders du PS viennent d’inventer la lutte politique par délégation ou procuration L’on se souvient de l’appel vibrant de la belle alliance populaire en vue de l’organisation des Primaires à gauche les 22 et 29 janvier 2017 se présentant comme une « démocratie radicale, écologiste, socialiste, citoyenne » :

« Venez bâtir l’unité de la gauche, des démocrates, des écologistes réformistes pour rassembler la France, contre ceux qui veulent la détruire en rompant l’unité de la République et en détruisant notre modèle social.  

Venez construire l’alliance d’une République fraternelle et sûre d’elle.

Une République combattante de l’Égalité à condition qu’elle soit réelle, soucieuse des libertés si elles sont ordonnées dans un « vivre ensemble », et attachée à la fraternité pour peu qu’elle soit laïque.

La France nouvelle que nous voulons, c’est celle qui s’inscrit dans la promesse républicaine. Nous savons que c’est à la gauche de la porter et pour cela, il faut un élan en son cœur.  

C’est tout l’enjeu de la Belle Alliance Populaire. »

« La  belle Alliance Populaire » visait, bien sûr, dans son combat pour l’unité de la République, et la défense du modèle social français, l’extrême droite mais pas exclusivement…

Or, à l’issue des Primaires des 22 et 29 janvier 2017 auxquelles avaient participé plus de 2 millions d’électeurs, au second tour Benoît HAMON l’emporta face à Manuel VALLS et devint le candidat officiel du Parti socialiste et de ses alliés pour l’élection présidentielle française des 23 avril et 7 mai 2017.

Mais, très vite, « La Belle Alliance populaire » se fissura, car, alors que tous les candidats s’étaient engagés à soutenir le vainqueur de la primaire, quel qu’il soit, deux d’entre-eux, François de RUGY et Manuel VALLS, annoncèrent ne pas accepter la victoire de Benoît HAMON pour préférer soutenir Emmanuel MACRON dès le 1er tour.

Ils furent vite rejoints par des personnalités du PS [1] – barons locaux provinciaux, Ministres en exercice – qui décidèrent, dès le 1er tour des élections présidentielles, de voter « utile » en déclarant publiquement qu’ils voteraient pour Emmanuel MACRON, seul candidat, selon eux, susceptible de faire barrage à la candidate du Front National, Marine LE PEN.

Ils préférèrent ainsi déléguer à Emmanuel MACRON le soin de se battre pour eux et les dissidents du parti socialiste – qui les avaient suivis – contre la candidate du Front National.

C’est là une bien curieuse conception de la politique et une manière originale de la pratiquer qui consiste, sans mener soi-même le combat politique, à s’en remettre à un autre homme ou/et parti – quels que soient leurs mérites et qualités – en leur demandant implicitement de livrer par procuration un combat que l’on n’a pas – ou plus – le courage de conduire soi-même, convaincu qu’il serait perdu d’avance si on le livrait sous ses couleurs et idées, et avec ses propres valeurs.

Quelle faillite de notre propre raison et intelligence!

En gros, inutile que le PS combatte lui-même, sur un programme et ses valeurs, Marine Le Pen au premier tour puisque MACRON est là pour le faire, et beaucoup mieux que le PS et ses leaders ne sauraient le faire eux-mêmes…

Ainsi, rejetant les résultats de la Primaire à gauche qui avait désigné Benoît HAMON pour porter les couleurs du PS et de « La belle alliance populaire » (PS, EELV et Radicaux de Gauche), ils ont considéré que, compte tenu du contexte, il leur fallait impérativement abandonner leur camp pour se précipiter vers le candidat dEn Marche et lui faire allégeance…

L’histoire nous enseigne qu’il est toujours hasardeux de s’en remettre à un homme providentiel pour mener le combat des idées contre l’extrême droite…

En effet, la social-démocratie a une expérience historique bien amère en la matière… C’est vrai qu’il s’agit de la social-démocratie allemande… Mais tout de même !

De l’expérience historique de cette sœur aînée de la social-démocratie française, l’on peut toujours tirer quelques enseignements… Souvenons-nous, en effet, qu’aux élections présidentielles des 13 mars et 10 avril 1932, le vieux maréchal Paul Von HINDENBURG, représentant la vieille droite monarchiste et conservatrice allemande, fut réélu président du Reich [2].

À l’époque son adversaire le plus sérieux, étant un certain Adolf HITLER, candidat du NSDAP (parti nazi), qui s’était alors déclaré candidat à l’élection présidentielle, la SPD (social-démocratie allemande) préféra ne pas présenter de candidat et appela à voter pour le vieux monarchiste HINDENBURG qu’elle considérait comme le plus sûr rempart contre HITLER.

Dans un premier temps, l’Allemagne de WEIMAR eut HINDENBURG [3], réélu en 1932, à la tête de l’Etat, mais, moins d’un an après cette élection, le 30 janvier 1933, HINDENBURG, sur la pression des milieux d’affaires et bancaires allemands [4], nomma, à contrecœur certes, son ancien rival, HITLER, comme chancelier du Reich…

On connaît la suite quant à la marche d’HITLER, au départ légalement investi comme chancelier du Reich, d’abord vers la dictature, puis le fascisme sanglant qui déchira l’Europe et le monde…

Louis SAISI

Paris, le 25 mai 2017

NOTES

[1] Leur liste est longue, sans parler d’autres personnalités éminentes du PS qui manifestaient également un visible intérêt pour le candidat d’En Marche comme seul rempart contre le FN mais se taisaient prudemment, bien qu’ayant fait le même choix, différant seulement le moment opportun pour l’exprimer dans le secret de l’isoloir…

[2] Le maréchal Paul Von HINDENBURG avait déjà été élu une première fois à l’issue du scrutin présidentiel d’avril 1925 pour succéder au social-démocrate Friedrich EBERT, décédé dans l’exercice de ses fonctions.

[3] Au premier tour, de l’élection présidentielle (majorité requise de 18.830.000 voix), les résultats furent les suivants : maréchal Paul Von HINDENBURG : 18.661.000 (49,45%) ; Adolf HITLER : 11.338.000 (30,23%) ; Ernst THÄLMANN (communiste) : 4.982.000 (13,2%) ; colonel DÜSTERBERG (droite conservatrice) : 2.557.000 (6,8%) ; WINTER : 111.000 (0,3%). Le taux de participation avait été élevé (86,2%). Au deuxième tour, avec 19 359 983 voix, soit 53% des suffrages exprimés, le maréchal Paul Von HINDENBURG (indépendant) fut élu contre Adolf HITLER, du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) qui obtint 13 418 517 voix (soit 36,7 des suffrages exprimés) et Ernest THÄLMANN, parti communiste (KPD), qui obtint 3 706 759 (soit 10,1% des suffrages exprimés).

[4] Rencontre à COLOGNE, le 4 janvier 1933, entre HITLER, Von PAPEN et le banquier Kurt Von SCHRÖDER.

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