Les femen et leur mode d’expression par Louis Saisi

Les femen  et leur mode d’expression par Louis Saisi

Depuis son apparition en France, à partir d’août 2012, avec l’asile accordée à Inna SHEVCHENKO, le mouvement des femen a vite acquis, en l’espace de quelques années, une certaine notoriété et a même défrayé régulièrement les chroniques des supports médiatiques : écrits (journaux et magazines), stations de radios, réseaux sociaux et chaînes de télévision. Empathie, rejet radical ou neutralité plus ou moins bienveillante, il est donc devenu aujourd’hui difficile d’ignorer ce mouvement et de ne pas s’interroger sur son apport – réel ou factice ? – à la cause des femmes en général et au mouvement féministe en particulier. Sans en entreprendre ici une étude exhaustive qui dépasserait le cadre trop étroit de ce site, nous nous proposons  bien modestement et sûrement très imparfaitement, d’essayer d’analyser ce mouvement pour en avoir une idée suffisamment précise et nette. Au lieu de concentrer notre étude dans un document unique – qui risquerait d’être trop abondant -, nous avons opté pour sa présentation dans deux documents distincts qui constituent, chacun, les deux temps forts de notre interrogation :

  • Une première partie factuelle – présentée  aujourd’hui – sera consacrée aux actrices du mouvement et à leur mode d’action, avec seulement l’évocation de quelques-unes de leurs actions commando. Cette première partie (se matérialisant sous la forme d’un premier article) sera intitulée « Inna SHEVCHENKO, les Femen et la cause des femmes par le corps ».
  • Une seconde partie s’efforcera de cerner, dans leurs grandes lignes, les idées des femen et de situer leur place dans le féminisme, et notamment par rapport au mouvement féministe français en particulier. Cette seconde partie (second article, comme suite naturelle du premier) sera intitulée : « Les idées des femen : le sextrémisme, mouvement féministe radical.

PREMIÈRE PARTIE : Inna SHEVCHENKO, les Femen et la cause des femmes par le corps…

Inna SHEVCHENKO… Depuis son arrivée en France, elle fait beaucoup parler d’elle… Mais qui est-elle ? D’où vient-elle ? Et que veut-elle ?

Née le 23 juin 1990 à KHERSON, en UKRAINE, Inna SHEVCHENKO est une très belle journaliste blonde de vingt-sept ans.

De 2008 à 2012, elle étudia le journalisme à l’université nationale Taras-Chevtchenko de KIEV dont elle sortit brillamment diplômée avant de s’engager dans le mouvement femen

Ce mouvement vit le jour à Kiev, en 2008, où il fut largement façonné par le contexte ukrainien dans lequel il s’est d’abord exprimé.

Sa fondatrice, Hanna Vassylivna HOUTSOL, tantôt présentée comme sociologue, tantôt comme économiste, possédait également une expérience du théâtre qu’elle utilisait pour faire entendre sa cause, celle des droits des femmes ukrainiennes concernant leur émergence sociale et politique. Elle dénonçait ainsi le tourisme sexuel et le proxénétisme, en particulier celui sévissant dans son pays lors des compétitions internationales.

Mais, très vite, sous l’impulsion d’Inna SHEVCHENKO qui en prit la direction, les femen furent conduites à s’impliquer sur d’autres sujets, notamment celui de la démocratie, de la lutte contre la corruption, contre la prostitution ou encore contre l’influence des religions dans la société.

Pourquoi cet élargissement des luttes ? Le contexte ukrainien l’explique.

 I/ Le contexte politico religieux ukrainien : le poids de la religion

Au départ, le mouvement des femen se développa dans l’Ukraine post-soviétique, pays où se pratique l’alliance du pouvoir politique avec les églises orthodoxes (il y en a quatre [1]) au détriment de la situation des femmes ukrainiennes qui pâtissent de ce mode d’organisation ancestral très patriarcal.

Pourtant, l’article 35 de la Constitution ukrainienne[2], inséré dans le titre II relatif aux « Droits, libertés et obligations de l’homme et du citoyen », dispose :

« Chacun a droit à la liberté de croyance et de religion. Ce droit comprend la liberté de pratiquer toute religion ou de n’en pratiquer aucune, de pratiquer seul ou collectivement, les rites religieux et les cérémonies, et de mener des activités religieuses.

« L’exercice de ce droit peut être restreint par la loi uniquement dans l’intérêt de l’ordre public, la santé ou la moralité, ou les droits et libertés d’autrui.

« Les Églises et les organisations religieuses en Ukraine sont séparées de l’État, et l’école de l’Église. Aucune religion ne peut être reconnue par l’État comme obligatoire.

« Nul ne peut être dispensé de ses obligations publiques ni refuser d’obéir à la loi pour des motifs de croyance religieuse. Si l’exécution d’un service militaire est contraire aux croyances religieuses, l’accomplissement de ce service est remplacé par celui d’un service non militaire. »

Il y a lieu de noter néanmoins que dans son Préambule (et plus précisément dans son 7ème alinéa)   la Constitution ukrainienne fait référence à Dieu et aussi que malgré l’affirmation de la séparation des « Églises et (des) organisations religieuses » de l’Etat, les Églises nationales orthodoxes, dans le prolongement de la  tradition des Eglises orthodoxes de l’Empire byzantin,  professent volontiers l’idéologie de l‘harmonie entre les deux pouvoirs (spirituel et temporel). L’Église du patriarcat de KIEV, qui se veut toujours la garante de l’identité nationale et de la langue ukrainienne, compte désormais des paroisses russophones, notamment à Kiev, ainsi que dans le sud et l’est du pays. Ceci explique que dans le cadre de l’entremêlement du politique et du religieux, des ballons d’essai avaient été lancés à la fin de 2011 par des représentants de l’Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou (EOU-PM) pour amender la loi sur l’éducation publique (très orientée vers la laïcité de l’État) en vue d’insérer dans les curriculums scolaires l’enseignement de la religion. De son côté, le président YANOUKOVYTCH avait déclaré en juillet 2010 qu’il était impossible d’avoir un État fort sans l’appui de la foi religieuse. YANOUKOVYTCH développait des relations très amicales avec le Patriarche moscovite KIRILL, qu’il avait rencontré en 2010 et 2011, et qui l’avait même honoré en le considérant comme un fidèle dévoué

Aujourd’hui, avec le président POROCHENKO, la guerre qui oppose toujours l’Ukraine aux forces séparatistes soutenues par le Kremlin risque de s’étendre au domaine religieux. En effet, le président POROCHENKO souhaite faire examiner par la Rada, le Parlement de Kiev, un nouveau texte prévoyant que les organisations religieuses dont la direction est basée « dans un État agresseur » seront obligées de s’enregistrer de nouveau auprès des autorités ukrainiennes. Ce texte vise donc l’Église orthodoxe russe – dont la branche ukrainienne jouit depuis l’indépendance de 1991 d’une large autonomie – qui est régulièrement accusée de soutenir politiquement les positions du Kremlin.

À Moscou, le patriarche KIRILL, le chef spirituel de l’Église orthodoxe russe, a dénoncé cette initiative qui « menace les droits religieux et constitutionnels de millions de croyants ukrainiens » et qui « pourrait provoquer une vague de violence, une nouvelle saisie des églises russes et aboutir à une escalade du conflit intercommunautaire en Ukraine ».

La situation est d’autant plus tendue que l’Église ukrainienne du Patriarcat de Kiev, bien que dynamique, ne regroupe aujourd’hui qu’un tiers des croyants du pays alors que l’Église russe (Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou) reste largement majoritaire en Ukraine en nombre de fidèles…

Ainsi donc, comme on le voit, le contexte religieux est très complexe en UKRAINE où la religion, orthodoxe notamment, est omniprésente. Cette prégnance du religieux dans le fonctionnement du système politique ukrainien explique le coup d’éclat, en 2012, d’Inna SHEVCHENKO.

En effet, Inna SHEVCHENKO fit l’objet d’une enquête criminelle diligentée par la police de son pays (l’UKRAINE) pour avoir tronçonné, le 17 août 2012, une croix orthodoxe [3] qui avait été érigée place de l’Indépendance[4], après la Révolution Orange, en mémoire aux victimes des persécutions de la période stalinienne de l’Union soviétique. Il s’agissait d’une action de solidarité, seins nus, pour protester contre la condamnation des PUSSY RIOT (collectif punk, féministe et écologiste russe) pour un concert donné à Moscou contre Vladimir POUTINE. Encore est-il nécessaire pour bien comprendre comment les femen ont pu être concernées par un jugement d’un tribunal russe de bien rappeler ce qu’était le contexte générateur d’un tel jugement dans ce pays.

II/ Le contexte russe de l’affaire : au départ, le groupe Pussy Riot et l’alliance, en Russie, du pouvoir politique et de la religion orthodoxe…

Le groupe russe Pussy Riot avait chanté une « prière punk » contre le président POUTINE dans une cathédrale orthodoxe de Moscou. En effet, le 21 février 2012, trois jeunes femmes du Groupe, masquées, avec guitares et sonorisation, avaient entonné, une «prière punk» intitulée «Marie mère de Dieu – chasse Poutine!» à l’intérieur de la cathédrale du Christ-Sauveur, dans la capitale russe.

Elles furent aussitôt arrêtées et maintenues en détention pour être jugées.

Avant leur procès, de nombreuses personnalités russes, y compris celles se revendiquant de leur appartenance à la communauté orthodoxe, appelaient à la clémence, prenant la défense des trois jeunes femmes en jugeant disproportionnés les poursuites et leur maintien en détention par rapport aux faits qui leur étaient reprochés.

Même le Premier ministre russe, Dimitri MEDVEDEV, avait appelé à ne pas dramatiser ce procès et à le traiter «dans le calme».

A/ Le jugement sévère du 17 août 2012 contre les Pussy Riot

Malgré les nombreux appels à la clémence, le 17 août 2012 le tribunal moscovite avait eu la main lourde, considérant que motivées « par la haine religieuse,  elles avaient « violé l’ordre public » et « offensé les sentiments des croyants » en n’exprimant aucun repentir.

C’est ainsi que les trois Pussy Riot poursuivies – Nadejda TOLOKONNIKOVA, 22 ans, Ekaterina SAMOUTSEVITCH, 30 ans, et Maria ALEKHINA, 24 ans -, après six mois de détention provisoire, furent condamnées par un tribunal de Moscou à deux ans de camp pour « hooliganisme » et « incitation à la haine religieuse » (leurs mois de détention provisoire devant être décomptés de leur peine).

La sévérité du verdict provoqua l’indignation en Russie.

Le 15 septembre 2012, l’opposition russe rassembla à Moscou quelque quarante mille personnes contre le pouvoir de Vladimir POUTINE. Parmi elles, des manifestants portaient des bannières ou pancartes exigeant la libération des Pussy Riot.

Quelques jours plus tôt, le premier ministre, Dimitri MEDVEDEV, avait confié que « les Pussy Riot lui donnaient “la nausée” », même s’il jugeait « inutile » et « sévère » de maintenir en prison les trois jeunes femmes.

Des manifestations de soutien aux jeunes femmes furent organisées un peu partout en Europe.

Le 10 octobre 2012, à l’issue de leur procès en appel, une des trois Pussy Riot condamnées, Ekaterina SAMOUTSEVITCH, fut libérée, sa peine ayant été commuée en condamnation avec sursis.

Le 7 février 2013, les Pussy Riot saisirent la Cour européenne des droits de l’homme. Les trois plaignantes considéraient alors que plusieurs dispositions de la Convention européenne des droits de l’homme garantissant la liberté personnelle, la liberté d’expression, le droit à un procès équitable et interdisant les tortures avaient été violées lors de leur procès.

Après un durcissement du pouvoir politique russe se traduisant par la promulgation, en juillet 2013, par Vladimir POUTINE de nouvelles lois punissant tout acte de « propagande » homosexuelle devant mineur et réprimant les « offenses aux sentiments religieux », les Pussy Riot sortent leur nouveau clip pour dénoncer l’autoritarisme du régime.

B/ La loi d’amnistie du pouvoir politique du 18 décembre 2013 et la libération des Pussy Riot le 23 décembre 2013

Le 18 décembre 2013, une loi d’amnistie fut votée par les députés russes.

C’est Vladimir POUTINE lui-même qui est considéré comme étant à l’origine de ce projet de loi qui avait été soumis au Parlement. Cette loi n’ayant pas vocation à viser des personnes déterminées précisait que l’amnistie s’appliquerait aux personnes condamnées pour des faits mineurs, tels le « hooliganisme », ou inculpées pour d’autres faits délictueux mineurs. La loi concernait environ vingt-cinq mille personnes.

En application de cette loi d’amnistie, le 23 décembre 2013, Maria ALEKHINA et Nadejda TOLOKONNIKOVA furent libérées.

La libération des deux jeunes femmes se déroula en deux temps. Maria ALEKHINA fut la première à être libérée. Elle dénonça, dès sa sortie, « l’opération de communication » de Vladimir POUTINE. Quelques heures plus tard, ce fut au tour de Nadejda TOLOKONNIKOVA d’être libérée du camp où elle était détenue.

III/ Le droit d’asile en France d’Inna SHEVCHENKO

Le 17 août 2012, lors de la condamnation des Pussy Rot à deux ans de détention dans un camp par un tribunal de Moscou, Inna SHEVCHENKO, en signe de protestation, tronçonna, comme il a été dit, une croix place de l’Indépendance à KIEV contre leur détention en Russie. Poursuivie en UKRAINE (son pays), elle se réfugia en France en août 2012 avec un visa touristique avant d’obtenir de l’OFPRA l’asile politique le 9 avril 2013.

A/ L’activité prosélytique des Femen en France

Femen (= »cuisse », en latin) : c’est le nom que se sont données ces jeunes Ukrainiennes indignées par la condition réservée aux femmes dans leur pays qu’elles ont dû quitter [5]. Selon Wikipédia parce que « cela sonnait bien », mais, surtout, parce que « symboliquement, le nom met sur un pied d’égalité « men », « les hommes », et FEM en français »[6]

Depuis la France, Inna SHEVCHENKO et les Femen organisent le développement du mouvement Femen au niveau international. C’est ainsi que dès l’automne 2012 les femen mènent dans notre pays une première campagne du mouvement en faveur du Mariage pour tous. Le 19 novembre 2012, lors de la manifestation organisée par l’Institut Civitas (proche des catholiques intégristes) des incidents ont lieu entre les manifestants appelés par cet organisme qui s’opposent au mariage homosexuel et une dizaine de militantes des Femen habillées en nonnes et les seins nus qui ont décidé de faire une protestation pacifique tournant en dérision Dieu et la religion. Elles portent des inscriptions peintes sur le corps, telles que : « Saint esprit étroit », « Fuck God » (« Baise Dieu »), « Fuck religion » (« Baise la religion »), « Fuck church » (« Baise l’Église »), « In gay we trust » (« Nous croyons en l’homosexualité ») ou « Occupe-toi de ton cul ». Elles tiennent également entre leurs mains des extincteurs – avec « See the sperm, the Holy sperm » (« Voyez le sperme, le saint sperme ») écrit dessus – qu’elles déclenchent en direction des manifestants. Mais se heurtant vite au service d’ordre des manifestants, elles sont violemment repoussées, et certaines sont même frappées.

B/ L’action de commando contre Notre-Dame…

Le 12 février 2013, à la suite de la renonciation du pape BENOÎT XVI, huit activistes de Femen France investissent, seins nus et couvertes de slogans hostiles au pape, la cathédrale Notre-Dame de Paris afin de faire sonner les cloches (alors exposées à l’occasion de leur restauration), avant d’être violemment évacuées par le service d’ordre, sept d’entre elles étant également interpellées par la police.

Cette action est condamnée par une partie de la classe politique. Eva JOLY dénonce une action déplacée et « un manque de respect pour les croyants » ; le ministre de l’Intérieur Manuel VALLS témoigne « de son soutien aux catholiques de France qui avaient pu être offensés par ce geste grossier » et fait part de sa « consternation » face à « une provocation inutile », dernier argument repris par la ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement NAJAT VALLAUD-BELKACEM ; des critiques sont aussi exprimées par le maire de Paris, Bertrand DELANOË, et les sénateurs de Paris Pierre CHARON (UMP) et Yves POZZO DI BORGO (UDI). Mgr Patrick JACQUIN, recteur-archiprêtre de Notre-Dame, annonce avoir porté plainte pour « profanation d’un espace cultuel » et pour « coups et blessures ». L’AGRIF déclare porter plainte et demande la dissolution des Femen.

Beaucoup de féministes françaises [7] jugent qu’en se déshabillant dans la nef de Notre-Dame pour fêter le départ de Benoît XVI, en février 2013, les Femen se sont trompées de « lieu de subversion »

Pour la journaliste Galia ACKERMAN « S’en prendre à l’Église dans un pays laïc, ça n’a pas vraiment de sens… En France, l’Église est certes conservatrice, mais n’impose rien à l’Etat. Elles n’ont pas encore beaucoup d’expérience et de réflexion sur les sociétés occidentales.»

Conscientes de l’enjeu théorique sur lequel repose l’avenir du mouvement, les Femen publient leur manifeste en mars 2013.

C/ Les suites judiciaires : la justice française très bienveillante… la relaxation…

Malgré les condamnations venant de plusieurs personnalités politiques, de nombreux plaignants et pétitionnaires s’étonnent que les activistes de Femen aient été si « peu inquiétées après leur interpellation » par la police française ». En mars, Inna et Sacha SHEVCHENKO affirment avoir « emporté un petit bout » de l’or en feuille appliqué sur l’une des cloches pour payer la réparation de « dents cassées », alors que, dans de précédentes déclarations, Inna SHEVCHENKO avait nié avoir abîmé la cloche. Sur cette affaire, le 13 septembre 2013, le tribunal de Paris demande le renvoi pour complément d’information à une date ultérieure, en attente des conclusions de l’enquête. Elles sont défendues par Patrick KLUGMAN, ancien avocat conseil de SOS Racisme et de Caroline FOUREST, laquelle n’aurait pas cautionné l’action entreprise à la cathédrale, « à cause de son amitié pour le maire de Paris, Bertrand DELANOË, et Manuel VALLS », selon une ancienne Femen [8]. Le 10 septembre 2014, à l’issue du premier procès français contre les Femen, le tribunal correctionnel de Paris relaxe les militantes Femen accusées dans cette affaire, alors que trois surveillants de Notre-Dame sont condamnés à des amendes avec sursis pour la violence avec laquelle ils avaient expulsé trois des militantes lors de leur action.

Mais le parquet de Paris fait appel.

En appel, la Cour d’appel de Paris n’a pas été plus sévère et, par un arrêt du 29 octobre 2015, elle confirme le jugement du tribunal correctionnel de Paris en prononçant la relaxe des militantes femen...

D/ La « Marianne de la Jeunesse » et l’affaire du timbre…

Dès le début de son quinquennat, honorer et célébrer la jeunesse était une idée du Président Hollande… Et donc, pourquoi ne pas se saisir du timbre-poste pour en faire le véhicule d’un emblème national qui célébrerait la jeunesse?

Le 14 juillet 2013, jour de la fête nationale en France, est dévoilé le timbre Marianne de la Jeunesse. Selon Olivier CIAPPA (artiste éclectique), l’un des deux auteurs coréalisateurs du timbre, Inna SHEVCHENKO aurait été l’une des sources d’inspiration du timbre.

En fait, c’est son visage qui semble avoir « surtout» inspiré le duo CIAPPA/KAWENA lors de la conception du timbre-poste. Mais cette version est contestée par David KAWENA (artiste), qui revendique être l’unique auteur graphique du timbre et affirme qu’il ne s’était aucunement inspiré d’Inna SHEVCHENKO.

Ci-dessus, la Marianne choisie par François Hollande aurait été inspirée par une Femen.

Une polémique a éclaté entre Olivier CIAPPA et David KAWENA (Shaul DADON) quant à la paternité du timbre, chacun de deux minimisant le rôle de l’autre… (http://yagg.com/2014/03/03/timbre-marianne-olivier-ciappa-se-justifie-david-kawena-sort-de-son-silence/)

Selon Olivier CIAPPA (photographe) « Marianne, qui était représentée seins nus en 1789, aurait certainement été une Femen car elle se battait pour les valeurs de la République, la liberté, l’égalité, la fraternité. »

Inna SHEVCHENKO semble s’amuser beaucoup sur Twitter de la polémique née à propos du choix réel ou supposé – la concernant – des deux artistes : « Désormais, tous les homophobes, extrémistes, fascistes devront lécher mon cul pour envoyer une lettre ». À cette occasion, les Femen se réjouissent de ce nouveau « symbole officiel de la France ».

E/ La passionaria de la cause féministe et l’Islam…

Inna SHEVCHENKO a été accusée d’islamophobie après un tweet diffusé le 9 juillet 2013 : « Qu’est ce qui peut être plus stupide que le Ramadan ? Qu’est ce qui peut être plus laid que cette religion ? ». Elle explique que celui-ci fut rédigé lorsqu’elle apprit qu’AMINA, militante tunisienne de Femen, alors emprisonnée, « est obligée de faire le ramadan en prison alors qu’elle n’est pas croyante ». Elle supprime par la suite le tweet mais assure « l’assumer entièrement ».

F/ L’organisation des femen

Les femen ont dû très vite s’organiser et disposer d’un quartier général pour développer leurs actions.

1°) Leur structuration en France et leur présence dans le monde

Les femen sont constitués sous la forme d’une association de la loi de 1901 créée en décembre 2012. Selon Le Monde – qui a pu consulter les comptes de l’organisation en février 2014 -, l’organisation ne bénéficierait pas de subventions publiques. En 2013, leurs finances provenaient pour 44% de dons (10.669 euros en 2013), pour 23 % de droits d’auteur, pour 19% de l’indemnisation de l’assurance à la suite de l’incendie de leur local de la Goutte d’Or dans le 18ème arrondissement de Paris. Le reste proviendrait de la vente de produits dérivés à l’effigie de Femen, notamment de tee-shirts, sur leur site Internet [9].

Si nous nous référons aux données précitées du Monde, il apparaît que les ressources essentielles des femen proviennent de dons. Mais ceci ne nous renseigne pas sur l’origine de ces dons si bien que leurs sources de financement, en provenance de personnes privées ou groupes aux prises de position socio-politiques très diverses, ont fait l’objet de nombreuses interrogations et parfois de commentaires [10].

Leur branche française compterait « une cinquantaine d’activistes et environ 300 membres au total », avance leur leader pour metronews. « Toutes les branches de ce mouvement international sont articulées autour du siège français, qui est actuellement le siège principal des Femen », devait déclarer à LCI Inna SCHEVCHENKO le 8 juillet 2014.

Les Femen assuraient, en 2014, être présentes dans « onze pays au total », dont l’Espagne, l’Allemagne, la Hollande ou encore le Brésil (et bien sûr la France).

2°) Le quartier général des Femen en France : de la Goutte d’Or à Clichy-la-Garenne

Safia LEBDI [11], considérée comme la cofondatrice avec Inna SHEVCHENKO de la branche française des Femen, a aidé l’association à s’installer en France, et notamment à établir son centre de formation au quartier de la Goutte-d ‘Or, à Paris, mais elle l’a quitté depuis 2013, suite à un désaccord. À la Goutte-d ‘Or, les femen ont occupé un local parisien du 18e arrondissement – une salle de théâtre parisien, le Lavoir Moderne – pendant un an et demi. Le mouvement y organise alors des camps d’entraînements féministes internationaux, et Inna SHEVCHENKO poursuit le développement du groupe à l’international en ouvrant plusieurs branches dans d’autres pays européens.

Mais après l’incendie (d’origine accidentelle) de leur QG, elles ont dû déménager, quelques mois plus tard, à Clichy-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine, pour squatter les bureaux vides d’une usine de traitement des eaux. Les militantes s’installèrent alors, le 4 novembre 2013, sans autorisation, dans ces bureaux vides, propriété du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (SIAAP). Selon l’avocat de la SIAPP, elles avaient pénétré de force dans le bâtiment et cette occupation était « dangereuse » car les lieux étaient « vétustes, insalubres et amiantés ». Il avait plaidé à l’audience du 26 mai 2014 « l’expulsion immédiate » des féministes, les locaux devant en outre être détruits pour laisser place à un nouveau projet. « Mais depuis sept mois, le chantier était complètement bloqué », avait-il souligné. L’avocat des femen a annoncé le 30 juin 2014 que le tribunal d’Asnières-sur-Seine avait prononcé leur expulsion « sans délai » de ce local et les avait condamnées à payer la somme de 7 398,94 euros, pour l’utilisation de l’électricité. Visées par cette décision d’expulsion, elles ont été priées de trouver un nouvel endroit.

Le 1er juillet 2014, elles écrivirent une lettre à Madame Anne HIDALGO, fraîchement élue Maire de Paris depuis le 5 avril 2014, pour lui demander de les reloger à Paris en invoquant la solidarité qu’elle leur avait manifestée après l’incendie de leur logement parisien dans le 18ème arrondissement [12].

Conclusions

1°) Les femen, autour d’Inna SHEVCHENKO, développent leur action, en France et ailleurs dans le monde, bien loin de l’Ukraine et aussi, pour ce qui est plus particulièrement de la France (loi de séparation des Églises et de l’Etat), dans un contexte politico socio religieux qui est à mille lieues des liens que le régime politique ukrainien entretient avec les différentes expressions de la religion chrétienne orthodoxe où ce mouvement est né.

2°) Tout en ayant migré en France, le mouvement des femen a aussi voulu garder son entière autonomie originelle en restant en marge des mouvements féministes propres à la France, refusant de se fondre avec eux ou avec telle branche ou expression particulière de ceux-ci.

C’est dire que si l’on veut situer ce mouvement par rapport aux féministes françaises, il est nécessaire d’analyser les idées radicales que prônent les femens par rapport au mouvement féministe, ce que nous nous proposons de faire dans une seconde partie (prochain article sur ce site) qui sera consacrée aux idées des femen : le « sextrémisme », mouvement féministe radical.

Louis SAISI,

Paris, le 1er décembre 2017

NOTES

[1] Il s’agit de l’EOU-PM (Église orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Moscou) ; l’EOAU (Église orthodoxe autocéphale) ; l’EAOU (Église autocéphale orthodoxe d’Ukraine). Les deux organisations autocéphales, qui utilisent la langue ukrainienne, à côté du vieux-slave liturgique, avaient fusionné dans un premier temps, poussées par une partie des nouvelles élites nationales qui voyaient d’un bon œil la possibilité de créer une seule Église autocéphale, comme c’est l’habitude dans les pays orthodoxes. Mais, très rapidement, la petite EAOU (dont 1 % des Ukrainiens se revendiquent)  a voulu reprendre son autonomie. Les deux Églises autocéphales ne sont pas reconnues par les autres Églises canoniques orthodoxes, étant donné surtout la farouche opposition du patriarcat de Moscou à une quelconque reconnaissance. La troisième Église est l’Église orthodoxe ukrainienne-Patriarcat de Kiev (EOU-PK). La quatrième Église, qui se dit nationale et qui, par conséquent, a établi son siège à Kiev, bien qu’elle soit présente surtout dans les régions occidentales de l’Ukraine, est l’Église Unie ou gréco-catholique (ou uniate, dont cette dernière dénomination est souvent prise dans une acception péjorative). Elle peut revendiquer l’adhésion de 7,6 % des Ukrainiens. S’il s’agit d’une Église orthodoxe elle présente la particularité d’être néanmoins rattachée au catholicisme de Rome, tout en conservant ses rites et ses spécificités canoniques, comme le mariage des prêtres.

Les communautés juives, catholiques, protestantes et musulmanes ont profité, elles aussi, de la fin de l’ère soviétique pour conduire leur propre développement, mais elles sont très minoritaires.

[2] Depuis son indépendance, obtenue en 1991, l’Ukraine a connu une seule Constitution, adoptée le 28 juin 1996, par la Rada suprême. Cette Constitution – qui avait été fondamentalement remaniée par la loi du 8 décembre 2004 adoptée au cours de la « Révolution orange » (modification les articles 76, 77, 78,  81-83,  85,  87, 88, 89, 90, 93, 94, 98, 103, 106, 112-115, 116, 120, 121, 122 et 141, et ajout de diverses dispositions transitoires) – a été rétablie dans son libellé initial, après que, dans une décision du 30 septembre 2010, la Cour constitutionnelle ait déclaré la révision de 2004 précitée inconstitutionnelle pour violation du mode de révision de la Constitution. En 2011, la loi constitutionnelle du 1er février a modifié les articles 76, 77, 103, 136 et 141, et ajouté deux dispositions transitoires nouvelles portant tous les mandats électifs à 5 ans et fixant le calendrier électoral.

[3] Certains estiment qu’il y aurait eu une erreur sur la croix en question qui n’était pas en l’occurrence celle de la religion orthodoxe mais celle de la religion catholique. Mais cela importe peu, car Inna SHEVCHENKO est hostile à toutes les religions, y compris catholique, comme le montrera, plus tard, son action commando en France contre Notre-Dame-de Paris (cf. infra).

[4] Appelée aussi Maïdan (= « la Place »).

[5] Cf. l’enquête intitulée « La croisade des Femen » effectuée en Ukraine par Caroline GAUJARD-LARSON et publiée par Les Inrockuptibles (en ligne) du 10 septembre 2012 http://www.lesinrocks.com/2012/09/10/actualite/la-croisade-des-femen-11295946/

[6] Cf. Wikipédia Femen, https://fr.wikipedia.org/wiki/Femen

[7] Cf. Le Monde.fr, Société, « Le féminisme à l’épreuve du sextrémisme », 8 mars 2013, http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/03/08/le-feminisme-a-l-epreuve-du-seextremisme_1844822_3224.html

[8] Si cela est avéré, l’on ne voit pas très bien le lien dans cette affaire entre un fait susceptible d’être commenté et une amitié pour certains commentateurs de ce même fait qui dispenserait d’une prise de position personnelle.

[9] Toutefois, en août 2013, l’ex-Femen tunisienne AMINA a critiqué les finances occultes du groupe féministe quand elle en a claqué la porte, l’accusant d’islamophobie.

[10] Quant à la provenance de certains de ces dons au profit des Femen, selon Wikipédia, parmi les générateurs donateurs le plus souvent cités figureraient l’allemand Helmut GEIER (également connu comme DJ sous le pseudonyme DJ HELL), la femme d’affaires allemande Beate SCHOBER (résidant en Ukraine et possédant une entreprise de relocalisation professionnelle) ainsi que l’homme d’affaires américain Jed SUNDEN (fondateur du groupe de presse ukrainien KP Media comprenant le journal Kyiv Post). Toujours selon Wikipédia, « en septembre 2012, une journaliste d’une télévision ukrainienne, qui avait infiltré le mouvement pendant plusieurs semaines, avait sous-entendu que le groupe serait financé par des représentants des milieux d’affaires européens et américains, tout en reconnaissant n’avoir pas trouvé de preuve suffisante permettant d’étayer ses suppositions. La journaliste dit avoir découvert que les militantes ukrainiennes seraient payées 1 000 dollars (environ 765 euros) par mois (soit trois fois le salaire moyen d’un ukrainien) et qu’un voyage et les frais d’une opération menée à Paris en 2012 auraient été entièrement payés par l’organisation et se chiffreraient à 1 300 dollars (de l’ordre de 1 000 euros de l’époque) par jour et par personne ».

[11] Co-fondatrice de l’antenne française des Femen, Safia LEBDI fut conseillère régionale Europe-Écologie-Les Verts en Ile-de-France, cf. Forum Libération de Grenoble, Libération (en ligne), 3 février 2013 : « Safia LEBDI, le renouveau féministe », http://www.liberation.fr/evenements-libe/2013/02/03/safia-lebdi-le-renouveau-feministe_878975.

[12] Nous ne savons pas quelle a été la réponse de la Maire de Paris à cette supplique, et si elle a eu lieu. En tout cas, elle ne semble pas avoir été publique. Il ne nous a pas été possible de découvrir où se situe l’habitat des femen aujourd’hui : Paris intra-muros, ou ailleurs ?

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