« Etre un homme, c’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde », Antoine de SAINT-EXUPERY, Terre des hommes (1939)

 
Être un homme, c’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde.
Antoine de SAINT-EXUPERY, Terre des hommes (1939)
Terre des hommes, de Antoine de SAINT EXUPERY  (1900-1944) a été publié en

Il s’agit d’un recueil d’essais autobiographiques d’Antoine de SAINT EXUPERY pour lequel il obtient le grand prix du roman de l’Académie française.

Dans cette œuvre autobiographique, SAINT-EXUPERY évoque une série d’événements de sa vie, liés à son métier de pilote au service de L’AEROPOSTALE.

L’AÉROPOSTALE était une compagnie de transport aérien dans laquelle travaillait « Saint-Ex. ». Elle était issue des Lignes LATÉCOÈRE. De 1927 à 1933, l’Aéropostale exploita les lignes Toulouse-Dakar, puis Europe-Amérique du Sud.

C’est à partir de novembre 1918, alors que la Première Guerre Mondiale venait à peine de s’achever, que Pierre-Georges LATECOERE conçut une ligne aérienne partant de France pour atteindre l’Espagne, le Maroc et l’Afrique, puis ultérieurement l’Amérique du Sud. Ce fut le début des lignes aériennes postales françaises civiles car l’Armée utilisait déjà une ligne aérienne Paris-La Baule pour transporter son courrier. La première liaison postale régulière fut ouverte de Toulouse vers Barcelone dès l’hiver 1918.

Les pilotes Jean MERMOZ, Henri GUILLAUMET et Antoine de SAINT-EXUPERY en ont été les valeureux pionniers.

Passer au-dessus de la cordillère des Andes n’était pas, à l’époque, une mince affaire…

C’est à son collègue de l’Aéropostale, Henri GUILLAUMET, que l’auteur dédie son livre Terre des hommes.

L’aventure d’Henri GUILLAUMET dans les Andes est rapportée par Antoine de Saint-Exupéry dans son ouvrage Terre des hommes comme un formidable exemple de combat pour la vie, de volonté de vivre et de survivre…

Pour placer les événements dans leur contexte, il faut revenir quelques années en arrière. En 1927, les Lignes Aériennes Latécoère, fortes de leur succès en Europe, souhaitaient ouvrir une ligne postale aérienne entre l’Europe et l’Amérique du Sud. En raison d’un manque de financement suffisant, la société dut être rachetée par un industriel français établi sur place, Marcel BOUILLOUX-LAFONT. Elle fut rebaptisée alors Compagnie Générale Aéropostale qui marqua le début d’une histoire extraordinaire. Grâce à la volonté de ses dirigeants et au courage de ses pilotes –  parmi lesquels SAINT-EXUPERY, MERMOZ  et GUILLAUMET -, l’Aéropostale libère le continent sud-américain de son isolement en ouvrant des lignes cruciales pour l’acheminement du courrier. C’est ainsi qu’en ARGENTINE on assiste à l’ouverture des lignes Bahia Blanca – Rio Gallegos, Buenos Aires – Asunción, ou encore Buenos Aires – Santiago de Chile.

Cette dernière ligne – qui fut assurée, à partir de 1929, par le talentueux Henri GUILLAUMET – requérait du pilote un véritable exploit à chacun de ses vols. En effet, pour relier MENDOZA à SANTIAGO, celui-ci devait traverser la périlleuse Cordillère des Andes dont les sommets s’élèvent parfois à plus de 6.500 m d’altitude. Une véritable épreuve lorsqu’on se souvient ce qu’étaient alors les capacités limitées de l’aviation à cette époque, et surtout la rudesse du climat dans cette chaîne montagneuse.

Mais le 13 juin 1930, alors qu’il se trouvait à SANTIAGO et s’apprêtait à décoller pour MENDOZA, une terrible tempête de neige se leva sur le versant chilien de la Cordillère. Le pilote n’écoutant que son courage habituel et son sens aigu des responsabilités, ne se défila pas pour autant et s’élança aux commandes de son Potez 25. Il décolla vers la Cordillère en pleine tourmente, sans savoir qu’elle devait être 7 jours durant, le théâtre de son épopée. Malgré la tempête, il parvint à franchir la crête chilienne en se hissant à 6.500 m d’altitude. Malheureusement, une fois celle-ci passée, des courants descendants lui firent perdre beaucoup d’altitude et à nouveau surpris par les déchainements du blizzard andin et dans l’impossibilité technique de continuer, Guillaumet fut contraint d’effectuer un atterrissage d’urgence, à quelque 3.200 m d’altitude, aux abords du lac  Laguna del Diamante.

De cette disparition dramatique, SAINT EXUPERY devait faire le récit suivant dans Terre des Hommes :

« Tu avais disparu depuis cinquante heures, en hiver, au cours d’une traversée des Andes. Rentrant du fond de la Patagonie, je rejoignis le pilote Deley à Mendoza. L’un et l’autre, cinq jours durant, nous fouillâmes, en avion, cet amoncellement de montagnes, mais sans rien découvrir. Nos deux appareils ne suffisaient guère. Il nous semblait que cent escadrilles, naviguant pendant cent années, n’eussent pas achevé d’explorer cet énorme massif dont crêtes s’élèvent jusqu’à sept mille mètres. Nous avions perdu tout espoir. Les contrebandiers mêmes, des bandits qui, là-bas, osent un crime pour cinq francs, nous refusaient d’aventurer, sur les contreforts de la montagne, des caravanes de secours : « Nous y risquerions notre vie », nous disaient-ils. « Les Andes, en hiver, ne rendent point les hommes. » Lorsque Deley ou moi atterrissions à Santiago, les officiers chiliens, eux aussi, nous conseillaient de suspendre nos explorations. « C’est l’hiver. Votre camarade, si même il a survécu à la chute, n’a pas survécu à la nuit. La nuit, là-haut, quand elle passe sur l’homme, elle le change en glace. » Et lorsque, de nouveau, je me glissais entre les murs et les piliers géants des Andes, il me semblait, non plus te rechercher, mais veiller ton corps, en silence, dans une cathédrale de neige.»

Ce n’est que 7 jours après sa disparition que Guillaumet,  boitant et à bout de forces, devait être sauvé par un enfant qui l’avait retrouvé le long du ruisseau Yaucha, à plus de 60 km de son avion.

Ce petit berger et sa mère portèrent secours au pilote et le raccompagnèrent à cheval jusqu’à leur humble bâtisse, le Puesto Cerro Negro, située un peu plus loin sur le ruisseau.

Tandis que SAINT-EXUPERY et GUILLAUMET se retrouvent et s’étreignent à SAN CARLOS, avant de repartir pour MENDOZA,  GUILLAUMET prononce ces quelques mots mémorables qui furent rapportés par SAINT-EXUPERY dans Terre des hommes : « Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait. »

Comme cela est relaté dans Terre des hommes,  en 1935, SAINT-EXUPERY et PREVOT, perdus dans le désert de LYBIE, puisèrent dans l’exemple de GUILLAUMET une formidable leçon d’énergie et de courage pour survivre à leur tour.  

Ainsi les événements racontés dans Terre des hommes sont pour SAINT-EXUPERY autant d’occasions de réflexion sur un certain nombre de thèmes : l’amitié, la mort, l’héroïsme, la quête de sens et de vérité…

Dans cette œuvre, comme dans celles qui la précédèrent ou qui suivront, SAINT-EXUPERY n’aura de cesse de développer ses valeurs humanistes. Il nous a légué le message suivant :

« Liés à nos frères par un but commun qui se situe en dehors de nous, alors seulement nous respirons et l’expérience nous montre qu’aimer ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction ».

Louis SAISI

Paris, le 8 juillet 2017

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