Dans son rapport du 18 mai 2026, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) fait état du fait qu’à GAZA, malgré le cessez-le-feu d’octobre 2025, « les tueries et la destruction des infrastructures se poursuivent presque quotidiennement, et la situation humanitaire générale demeure désastreuse ». [1]
Selon M. SUNGHAY, le Haut commissaire du HCDH, auteur du rapport précité, après le 7 octobre 2023, « Israël a déclenché une violence dévastatrice et une dépossession à Gaza et en Cisjordanie, commettant des crimes de guerre et de possibles crimes contre l’humanité ».
Son rapport conclut que l’ensemble de la conduite israélienne à Gaza soulève de « graves préoccupations » quant au respect par Israël de son obligation de prévenir les actes relevant de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide qui lui a d’ailleurs été intimé par l’ordonnance de la Cour Internationale de Justice du 26 janvier 2024.
M. SUNGHAY a estimé que l’impunité demeure l’un des principaux obstacles à la fin des violences :
« Le cessez-le-feu n’a conduit à aucune forme réelle de reddition de comptes pour les violations commises au cours des années précédentes », a-t-il déclaré.
« L’impunité alimente la répétition. La plupart des horreurs documentées ici, comme celles documentées pendant des décennies auparavant, sont restées impunies, sans aucune perspective de justice pour les victimes ».
M. SUNGHAY a enfin insisté sur le fait qu’au-delà des condamnations, les États doivent prendre d’urgence toutes les mesures conformes au droit international pour mettre fin à l’occupation israélienne, démanteler les colonies existantes, protéger les civils, garantir l’obligation de rendre des comptes pour les violations graves commises par toutes les parties et permettre aux Palestiniens d’exercer leurs droits humains.
« Dans un contexte comme celui-ci, l’absence d’action n’est pas de la passivité. C’est une autorisation », a-t-il conclu.
Après son seizième livre Gaza, chroniques d’une offensive longue : octobre 2023-septembre 2025 (février 2026, 262 pages, Independently published) dénonçant à nouveau l’enfer qui sévit dans la bande de Gaza, avec ces longs jours d’horreur absolue, tout en mettant aussi en pleine lumière la résilience, la fierté et la solidarité du peuple palestinien [2], Ziad MEDOUKH, poète palestinien natif de Gaza, professeur de français, docteur en sciences du langage de l’université de Paris VIII – qui fut le créateur et dirigeant du département de français de l’université d’Al Aqsa – évoque ci-dessous pour nous la situation de l’enseignement du français à GAZA dans un contexte douloureux où sa propre implication est quotidiennement présente et active, nous montrant son triple attachement indéfectible à notre belle langue en même temps qu’à sa terre palestinienne et à la cause de l’éducation des enfants de GAZA.
Nous le remercions chaleureusement pour son vivant témoignage.
Louis SAISI,
Paris, le 11 juin 2026
NOTES
[1] Nations unies, ONU Info : « Palestine : malgré le cessez-le-feu, destructions et déplacements forcés se poursuivent », 18 mai 2026
[2] Présentation du livre de Ziad MEDOUKH : Gaza Chronique d’une offensive longue: octobre 2023-septembre 2025 (février 2026, 262 pages, Independently published) , voir Defend Democracy Press https://www.defenddemocracy.press › nouveau-livre-de-ziad-medoukh…
Enseigner le français à Gaza la dévastée
par Ziad MEDOUKH, poète palestinien de Gaza
Ci-dessous, malgré les ruines, les bombes et la faim, les enfants de Gaza très motivés pour apprendre le français, mai 2026
(photo, source : Ziad MEDOUKH)

Avant le 7 octobre 2023, la situation était difficile dans la bande de Gaza à cause du blocus imposé par l’occupation.
Malgré cela, le français était enseigné dans les écoles privées, certaines universités et dans 34 écoles publiques (patronnées par le ministère palestinien de l’éducation où travaillaient alors 75 professeurs de français et 3 inspecteurs qui suivaient les professeurs et l’organisation des cours).
Le français était également enseigné dans 25 écoles privées. L’avantage des écoles privées était qu’on y enseignait également le dessin et la musique et que l’effectif des classes était réduit (15-20 élèves).
Trois universités proposaient l’étude du français : l’Université d’Al-Aqsa, à Gaza, l’université où j’ai travaillé en tant que chef de département pendant 13 ans. J’ai participé à la création du seul département de français de Gaza avec le concours du Consulat de France à Jérusalem. Ce département proposait une licence en 4 ans et a formé des centaines d’étudiants, en majorité des jeunes filles, qui ont travaillé comme enseignants du français dans les écoles de Gaza, ou ils ont obtenu des bourses pour poursuivre leurs études supérieures dans les universités françaises.
Ce département réputé a été soutenu pour ses activités et son matériel didactique par plusieurs associations et groupes de solidarité avec le peuple palestinien dans les pays francophones.
Ensuite, il y avait l’université Al-Azhar, une université générale où était proposé un diplôme bilingue français-anglais (français mineur et anglais majeur).
Il y avait enfin une université privée, l’université à Gaza, où il n’y avait pas de département de français à proprement parler. Avec mes collègues, le concours des universités au Québec et le soutien d’associations francophones, j’ai participé à la création d’un Centre de langue française qui proposait des cours, des activités, des concours et des jeux en français aux étudiants de différents départements de cette université.
Ce sont les étudiants de l’Université Al-Aqsa qui enseignaient dans ce Centre.
Des écoles publiques et privées proposaient le DELF (Diplôme d’Etudes en Langue Française) avec le concours du Consulat de France à Jérusalem et l’Institut Français de Gaza. Il y avait des bourses pour les étudiants, des concours littéraires et artistiques.
Après l’anglais qui reste la première langue étrangère, le français est devenu deuxième langue étrangère en Palestine, et dans la bande de Gaza en particulier. C’était alors une langue qui était en plein essor.
Dès le début de l’agression du 7 octobre 2023, le système éducatif a été touché. Entre octobre 2023 et octobre 2024, il n’y a pas eu de cours dans aucune école de la bande de Gaza à cause des déplacements forcés, des bombardements intensifs, de l’insécurité et des destructions des écoles.
Des 320 écoles qui existaient avant l’agression, seules 12 sont encore debout aujourd’hui, les autres ont été détruites totalement. Celles qui n’ont été que partiellement détruites ont été transformées en Centres d’accueil pour les déplacés.
Après une année complète gâchée, les cours ont repris (85 % des enfants vont à l’école dans des tentes ou des centres éducatifs). Il manque de tout dans les tentes, tables, tableaux, chaises mais l’éducation est primordiale en Palestine. On loue des pièces dans des immeubles visés pour pouvoir ouvrir des centres éducatifs.
En ce qui concerne les matières enseignées, la priorité a été donnée aujourd’hui à l’anglais, l’arabe, les mathématiques et les sciences. Le français, l’histoire, le sport, la géographie et l’instruction religieuse ne sont provisoirement plus au programme car il manque d’effectifs chez les professeurs.
Malheureusement, les 3 universités qui proposaient un enseignement de français différents et variés ont été détruites. Actuellement les cours ont repris virtuellement mais peu d’étudiants sont inscrits dans les départements de français des universités d’Al-Aqsa ou Al-Azhar. Des professeurs ont été assassinés, d’autres ont émigré à l’étranger (Égypte, France, Québec). Le Centre de la langue française de l’Université de Gaza a été complètement détruit et il n’y a donc plus de cours proposés actuellement, même virtuellement.
Lors de la reprise des cours en octobre 2024, le français n’était plus enseigné que dans deux écoles privées. Avec des collègues, nous avons décidé de développer l’enseignement du français dans les tentes et les centres éducatifs également. On a réussi à réintroduire des cours de français, mais ça n’est pas encore régulier. Nous avions quatre objectifs : permettre aux élèves de garder le contact avec la langue française ; donner l’occasion aux diplômés en français d’avoir un petit boulot, même mal rémunéré ; montrer au monde francophone qu’à Gaza, les élèves apprennent le français ; montrer l’importance de la langue française comme langue d’échange et d’espoir pour des élèves enfermés.
On a pu mettre en place des activités avec les enfants, par exemple des ateliers de dessin et, surtout, on a réussi à donner l’occasion aux élèves de témoigner.
Des journalistes ont recueilli les témoignages d’enfants qui suivaient les cours de français. Ces témoignages ont été lus lors d’événements dans plusieurs villes en France, lors de soirées de solidarité notamment.
Malgré les conditions très difficiles, le manque de moyens et la pénurie de matériel pédagogique, éducatif et didactique, on a aussi réussi à proposer des cours, assurés par des diplômés de français, dans 7 centres éducatifs cette année.
Ce projet ambitieux a été mené avec le soutien de quelques amis solidaires et de groupes de solidarité dans les pays francophones.
Les activités de soutien psychologique proposées par des animateurs et animatrices francophones, les ateliers de dessin et les cours de français interactifs sont des moments de joie et de plaisir pour les enfants.
L’enseignement de cette belle langue française est en train de reprendre lentement à Gaza la dévastée.
Fin mai dernier, l’Institut Français de Gaza a proposé un concours de poésie pour les jeunes étudiants dans les universités de Gaza, ainsi que pour les diplômés de français, et l’on s’en est réjoui.

En plus, et dans quelques centres éducatifs, on a essayé d’organiser des cours de français pour les enseignants qui ont demandé ces cours.
On peut les voir, comme ci-dessus, dans les vidéos filmées par les diplômés de français de la chaîne Gaza la vie, gérée par les étudiants et les diplômés de français dans la bande de Gaza.