Magnifique époque de refus du sommeil et d’argile réfractaire par Philippe TANCELIN

Magnifique époque de refus du sommeil et d’argile réfractaire !

par Philippe TANCELIN, poète-philosophe

 

 

Le premier jour de l’an nouveau, au lendemain du décès de Robert HOSSEIN, la chaîne publique N°3 a rediffusé « Les Misérables » dans la version très pathétique qu’en donna en son temps ce metteur en scène « populaire ». Un des derniers plans du film montre les pieds des « misérables » marchant dans la boue et le froid vers un piètre mais non moins appréciable bol de soupe.

 

 

Dans un décor il est vrai différent mais tout aussi révélateur de son époque, on peut voir dans nos villes de « belle France », la même scène se dérouler aux portes des « restos du cœur » ou autres structures de solidarité et d’entraide.

Le second jour de l’an nouveau, le DAL (droit au logement), manifeste contre le laisser à la rue de milliers d’êtres humains de tous âges, tandis que d’autres milliers de logements privés ou du domaine public, restent vacants.

Tandis que de très nombreux médias officiels poursuivent leur information anxiogène sur la pandémie et inondent les ondes de leur litanie pour le vaccin, les réseaux sociaux quant à eux, amplifient la contre information.

Quelle grande diversité loueront certains, fiers de leurs démocraties de surface alors que si souvent, quelles que soient les expressions, elles participent d’une pensée majoritairement binaire.

Quelques exceptions confirment la règle, laissant entrevoir une étonnante époque à forte résonance dans l’histoire humaine et dont nous devrions nous réjouir en ces débuts de l’an nouveau, tant elle suggère l’ouverture de la conscience et suscite une réflexion approfondie sur la place de l’humanité dans l’univers et notre rapport d’individu à la multitude, la relation de notre ego avec le collectif.

En effet à quel usage culturel, esthétique des « misérables » du 19ème, notre conscience humanitariste invite-t-elle pour relativiser les nouveaux « misérables » du 21ème ?

Quelle praxis éthique avons-nous de la liberté d’expression pour réduire à un simple rapport de forces contradictoires les antagonismes et parmi eux, ceux qui sont l’enjeu et caractérisent le débat scientifique ?

Quelle conduite autoritaire et sans horizon pour notre personne, observons-nous dans l’indifférence notoire aux autres ?

À l’invasion mortelle du discours univoque et sa prétendue transparence, s’oppose la multitude, se dressent les mille facettes de toute recherche qui se respecte, se présente la pluralité des champs de réflexion, se prennent les options de conscience, s’entre-déterminent les choix individuels, collectifs.

Nous traversons une période dramatique au sens propre du terme, étonnante, où se confrontent tout à la fois le tragique, le comique, le dérisoire, l’essentiel, le superflu : Soudain le fin goût du petit blanc au matin sur le comptoir du bistrot, croise l’appétence pour le grand écran du dernier « sérial killer »… ailleurs c’est le théâtre de rue qui déjoue la scène politicienne sur le boulevard des crimes… une autre fois ce sont les sceptiques en tous genres face aux ombres décharnées des réfugiés économiques, climatiques… ou encore les marchands d’armes chevauchant les plaines des génocides, tandis qu’une urgence sanitaire, pousse une autre urgence dans l’escarcelle fébrile des financiers et des politiques.

Dès lors, tout est à vue, à découvert de l’invisible dans le visible et nous ne voudrions y voir que le flou, l’occulte, le confus, le complot tandis que nous sommes au cœur de la violence d’une rupture dans toute la puissance de sa morphogenèse.

Assez de dire que nous n’y comprenons rien ou à l’inverse que tout est clairement déterminé.

Le misérable du 19ème a les traits du misérable du resto du cœur : le même ET autre, espérant un autre Victor HUGO en ligne ET sur papier.

La co-vid se prend pour une rage attendue par un autre Louis PASTEUR ici ET ailleurs.

Le « collabo » devient le « participant ». « Le résistant » : le « complotiste, poète » : les mêmes ET autres dans une énième « Guerre d’egos » ET de « combats solidaires » … les mêmes ET autres par une histoire à la fois d’antan ET de temps nouveaux.

Le MÊME, c’est le récit comme objet singulier pour tout un chacun. L’AUTRE, c’est le récitant comme sujet pluriel de tous ET de chacun, avec ses cinq sens.

Du récit au récitant, il y a l’« entre » chacun ET les autres : l’expérience sensible, olfactive, tactile, gustative, visuelle, auditive de l’altérité,   cette PRESENCE qui tisse le ET avec le monde, tandis que par les temps qui changent faussement, on trompe tous ensemble selon un « présentiel » détourné en médiateur.

Nous sommes Présence sans médiation et non cette illusion de l’urgence attardée, retardée par une urgence toujours dernière.   C’est ainsi que la période que nous traversons est luminescente. La lucidité ne saurait y échapper si elle veut mener la lutte contre le confusionnisme orchestré par les pensées dominantes d’où qu’elles viennent qui cherchent à réduire le réel à une dette envers la simulation numérique de la réalité.

À l’aube de cette année, ne considérons pas le chemin le plus clair mais à certains égards, désappointant, pour une hécatombe, un épisode ganglionnaire de notre devenir face à l’éblouissement, au caractère illusoire des nouvelles technologies, des TIC* et des réalités augmentées.

L’époque s’ouvre en clair au chemin de qui sait se regarder dans le voir des autres, y découvrir leur pas modifié auprès du sien ; cela suppose la force souple de la flamme et du vent, leur danse d’horizon, fléchissant et se redressant indéfectiblement en direction d’un constant et courageux effort d’étonnement.

Philippe TANCELIN

Poète-philosophe

2 janvier 21

Notes

*Technologies de l’information et de la communication

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