Ci-dessous, la forêt de FONTAINEBLEAU joyau naturel de l’Ile-de-de-France et de la France entière, aux environs des Gorges de FRANCHARD propices aux randonnées et à la varappe

SOMMAIRE
Introduction : une forêt millénaire
I/ La prise en charge de la forêt de Fontainebleau par les hommes
II/ Les premières représentations de la forêt de Fontainebleau
III/ Barbizon et les peintres
IV/ Les poètes et écrivains et la forêt de Fontainebleau
V/ La bataille de l’École de Barbizon pour la défense et la sauvegarde de la forêt de Fontainebleau
VI/ Les premiers sentiers DENECOURT (1842) et le plus large accès à la forêt
CONCLUSIONS
- un espace vital pour la biodiversité et le bien-être des habitants franciliens ;
- un impérissable monument national mais aussi de l’Humanité que nous avons le devoir intergénérationnel de transmettre aux futures générations comme une précieuse composante de notre planète terre ;
- le projet d’inscription de la forêt de Fontainebleau au patrimoine mondial de l’UNESCO.
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Le 22 juillet 2026, sur ce site, en accompagnant notre amie Alice BSÉRÉNI nous invitant à une belle randonnée de découverte de la forêt de Fontainebleau, nous nous étions promis de revenir sur l’histoire vivante et souvent tumultueuse de cette forêt millénaire, à la fois don de la Nature et aussi oeuvre des hommes.
L’incendie ayant détruit plus de 2 450 hectares de végétation de la forêt de Fontainebleau – cette forêt millénaire et poumon vert de Paris – a ravagé autour de 10% de ce massif exceptionnel d’une superficie de 25 000 hectares s’étendant essentiellement dans le département de Seine-et-Marne mais aussi de l’Essonne. Nul ne peut être insensible à ce dommage écologique frappant l’une de nos plus belles forêts composée d’un paysage de chaos rocheux, platières, futaies de feuillus, pinèdes, landes à bruyère, mares et points de vue étendus abritant une riche flore et faune.
C’est ce paysage, riche et envoûtant, ayant ému tant de nos poètes, écrivains et peintres, qui se développe sur un relief variant entre 144 mètres et 44 mètres, caractérisé par ses fameux rochers souvent abrupts et parfois colossaux invitant les promeneurs à de belles randonnées pédestres et à la varappe, notamment à partir des gorges de Franchard, pour ne citer ici que ce point de vue, l’un des plus connus.
Les plus de 2000 « abris » que compte la forêt de Fontainebleau remontent aux différentes périodes du Paléolithique [1] jusqu’à l’époque moderne, avec néanmoins une forte empreinte du Mésolithique [2] dont les traces se retrouvent dans les gravures rupestres [3] disséminées un peu partout dans le massif . C’est à partir du Néolithique que les hommes s’établirent dans des villages situés à la périphérie de la forêt : avec dans le sud-est, près de Montigny, l’abri du Croc-Marin et surtout l’habitat de Marion des Roches, l’abri de la Gorge-aux-Loups, l’abri de la Grande Vallée, l’abri de la Touche aux Mulets (dit abri des Orchidées) [4] pour y développer la culture et l’élevage, loin du centre de la forêt qui manquait d’eau.
On retrouve le même positionnement en matière d’occupation lors de la période gauloise : c’est à AVON et à LARCHANT que les Ligures et les Celtes établirent, pour les mêmes raisons, leurs bourgades à la périphérie de la forêt.
I/ La prise en charge de la forêt de Fontainebleau par les hommes
Cette prise en charge s’effectue sous l’Ancien Régime à partir des rois capétiens.
Les Rois de France qui se succédèrent portèrent vite un intérêt particulier à la forêt de Fontainebleau, certes pour les plaisirs de la chasse, mais aussi en lui manifestant une préoccupation économique quant à la gestion du bois (construction et chauffage) ainsi qu’un souci de développement de l’art militaire (place stratégique de Fontainebleau sur la route de Sens et de la Bourgogne).
La première réformation de la forêt – sorte d’inventaire après la fermeture complète de l’espace forestier étalée sur quelques mois pour vérifier les droits et usages de chacun sur le gibier et les bois – est effectuée en 1400 par CHARLES VI puis va être souvent reconduite par ses successeurs.
Mais c’est au XVIème siècle, avec FRANÇOIS Ier qui fit rebâtir le château, que la forêt dont la surface se limitait alors à 13 365 ha (soit à peu près la moitié de sa superficie actuelle) va s’étendre à la suite d’une série d’acquisisitions et de confiscations qui vont se poursuivre régulièrement ensuite. Parallèlement, fut mis en place un mode d’adminsistration de la forêt avec la création, toujours par FRANÇOIS Ier, de la charge de Grand Forestier, responsable d’une cohorte d’officiers et de gardes à cheval devant chacun assurer la surveillance et la gestion d’un canton de la forêt.
Ainsi, à partir du XVIème siècle, la naissance d’une administration chargée de la gestion de la forêt de Fontainebleau va se poursuivre sous l’Ancien Régime jusqu’à la Révolution de 1789.
Sous le règne de Louis XIV (1643 à 1715), COLBERT constatant que seulement 20% de la forêt était boisée, lança, en 1664, des chantiers de plantation tandis que LOUIS XV (1715-1774), en 1716, ordonna un nouvel aménagement de la forêt par la plantation de pas moins de 6 000 feuillus qui se révéla être un échec. Mieux inspiré, il fit délimiter, en 1750, le pourtour de la forêt (90 km de la forêt) par 1 050 bornes dont certaines sont encore visibles aujourd’hui. À son tour, en 1786, LOUIS XVI, s’inspirant du précédent de l’implantaion des premiers pins de la Renaissance, tenta l’introduction de pins sylvestres [4].
Après la Révolution, NAPOLÉON Ier s’attacha à réformer, en 1807, l’administration forestière et celle du château.
Sous le Premier Empire, en effet, Napoléon Bonaparte poursuivit et renforça la rationalisation de l’administration forestière par le biais d’une série de mesures : centralisation et hiérarchisation de l’administration : en confiant la gestion de la forêt à des agents compétents, avec des responsabilités clairement définies pour la surveillance, la production de bois et la protection des ressources naturelles ; organisation des coupes et plantations : systématisation des plantations et des coupes de bois pour garantir un approvisionnement régulier et durable, tout en préservant les zones sensibles de la forêt ; surveillance et contrôle des usages : les forestiers impériaux étaient chargés de contrôler les usages de la forêt, y compris la chasse et le pâturage, afin de prévenir les abus et de protéger les ressources ; accessibilité et aménagement : des sentiers et chemins ont été tracés pour faciliter la circulation des forestiers et des visiteurs, préparant le terrain pour des usages récréatifs futurs, comme ceux développés ultérieurement par Claude François DENECOURT au XIXe siècle
Dans le premier tiers du 19ème siècle, l’implantation de 6 000 ha résineux, entreprise à partir de plusieurs centaines d’hectares par an depuis 1830, suscita l’opposition et la colère des peintres de l’Ecole de BARBIZON [5] qui accusèrent ces plantations de résineux de dénaturer les paysages [6]. Ils s’opposèrent également à des coupes dites de régénération projetées dans les vieilles futaies en 1837.
II/ Les premières représentations de la forêt de Fontainebleau
Elles datent des années 1760. À cette époque, quelques artistes commencent à fréquenter et surtout à représenter la forêt. C’est ainsi qu’en 1760, un dessin de Simon-Mathurin LANTARA est gravé avec la mention « Environs de Fontainebleau », tandis qu’en 1764 paraît la première gravure directement inspirée par la forêt, une eau-forte de Jean-Jacques de BOISSIEU [5].
Un peu plus tard, en 1791, Lazare BRUANDET (1755-1804), adepte de la peinture en plein air, notamment dans les forêts autour de Paris [6], en compagnie d’autres paysagistes, présente au Salon une Vue prise dans la forêt de Fontainebleau (voir ci-dessous) s’affirmant ainsi comme le devancier du groupe de Barbizon [7].
© 2019 Musée du Louvre, département des Peintures, INV2877
Mais c’est à François Hippolyte PAILLET que l’on doit, en 1807, la publication de la Description physique de la forêt de Fontainebleau, étude de la géologie, de la faune et de la flore. L’auteur conseille même aux artistes d’aller exercer leur talent dans la forêt [9]
En 1820, c’est au tour de PARMENTIER de nous livrer un Recueil de dessins lithographiques donnant les premiers dessins de sites à l’intérieur de la forêt [10].
1822 est l’année où le peintre Jean-Baptiste Camille COROT (1796-1875) commence à fréquenter la forêt [10]. La peinture de paysage est alors en plein essor au XIXe siècle, et dans ce renouveau artistique, il est l’un des artistes les plus importants de ce courant pictural dont ses représentations de la forêt de Fontainebleau portent la trace .

Ci-dessus, Forêt de Fontainebleau par J-B. COROT, 1846, Musée des Beaux-Arts. La peinture mesure 1,288 mètre de largeur et 0,902 mètre de hauteur.
III/ Barbizon et les peintres
La découverte fortuite de Barbizon par les peintres Claude ALIGNY et Philippe LEDIEU – accompagnés de Jacob PETIT, futur propriétaire de la manufacture de porcelaine de Fontainebleau – est communément rattachée à l’année 1824 où ils s’installent à Barbizon [11]. Alors séduits par l’endroit et surtout par la proximité de la forêt, ils attirent l’attention des artistes sur ce lieu, qui n’était alors qu’un modeste hameau de CHAILLY-EN-BIÈRE. L’humble ferme de la famille GANNE, agrandie, sert de lieu de rassemblement ; en 1836, elle devient l’auberge actuelle.
C’est aussi à cette date qu’a lieu le premier Salon présentant plusieurs sites bellifontains (six études) ; leur nombre ira en augmentant jusqu’à la fin des années 1850.
C’est en 1827 que Théodore ROUSSEAU (1812-1867) découvre la forêt de Fontainebleau.
Ci-dessous, Théodore ROUSSEAU par Nadar (vers 1855)

Ci-dessous : La Forêt de Fontainebleau : matin
de Théodore ROUSSEAU, réalisée entre 1849 et 1851.
Elle a été exposée au Salon de Paris de 1850 à 1851.

Dès 1824, le jeune Théodore ROUSSEAU qui fait ses classes de dessin à Auteuil depuis 1821, en pension chez le cousin de la famille, Pau de Saint Martin, découvre, à l’occasion d’un voyage à Besançon, chez un ami sculpteur de son père – Jean-Baptiste Maire (1787-1859) – les forêts de Franche-Comté au cours de séjours de plus en plus longs chez Maire qui le marquèrent profondément. En 1826, Pau de Saint Martin emmène ROUSSEAU en forêt de Compiègne exécuter quelques études de paysages. Au retour, la famille décide d’aider le jeune homme à accomplir sa vocation de peintre et le place dans l’atelier de Jean-Charles-Joseph Rémond aux Beaux-Arts de Paris. Mais chez ce paysagiste classique, Théodore s’ennuie fermement, et chaque fois qu’il le peut, entre 1827 et 1829, chevalet et pinceaux sous le bras, il s’évade seul dans les forêts environnant Paris, poussant jusqu’à Chailly-en-Bière et Moret-sur-Loing, à une époque où le train n’existait pas. Rebuté par l’enseignement académique, ROUSSEAU, qui entre en conflit avec Rémond, n’est pas admis à concourir pour le prix de Rome.
ROUSSEAU va alors se plonger dans les copies des figures du musée du Louvre, surtout de Claude LORRAIN (1600-1682) [11], qu’il admire ainsi que les paysagistes hollandais, tout en étudiant également les paysagistes anglais contemporains. Passant sur la rive gauche, il fait quelques incursions dans l’atelier de Guillaume Guillon Lethière, professeur aux Beaux-Arts de Paris.
, ROUSSEAU est reçu au Salon de Paris, où il y présente Paysage, site d’Auvergne, une grande toile inspirée du Cantal. Il s’y retrouve avec toute la génération de l’école romantique.
En 1833, ROUSSEAU peut présenter Vue pris des côtes, à Granville, ainsi qu’une étude. Au Salon de 1834, il présente Lisière d’un bois coupé, forêt de Compiègne qui est achetée par le fils du roi, Ferdinand-Philippe d’Orléans.
Théodore ROUSSEAU est de nouveau admis au Salon de Paris en 1835, pour y exposer des esquisses.
Ce peintre – qui occupe une place centrale dans la peinture de paysage française du XIXe siècle – va être associé à l’École de Barbizon [12], en faisant de la forêt de Fontainebleau un terrain d’observation privilégié, où la représentation des arbres, des clairières et des ciels devient la question centrale dont l’approche, fondée sur l’étude directe de la nature, a contribué à transformer le statut du paysage, désormais regardé comme un genre majeur et autonome. La forêt devient vite un laboratoire visuel où l’artiste observe les variations de lumière, la structure des troncs, la densité des sous-bois et l’équilibre entre masses végétales et profondeur de champ.
Le graveur Eugène BLÉRY (1805-1887), lui-même né à Fontainebleau, entame, à partir de 1836, une carrière d’aquafortiste qui le conduit à aller travailler en plein air : « Il emporte sur le motif ses plaques préparées et les griffes directement « sur nature même ». » Il fréquente alors les forêts de Fontainebleau et de Senlis, s’intéressant déjà à ces paysages qui sont de plus en plus à la mode.
IV/ Les poètes et écrivains et la forêt de Fontainebleau
En 1836, CHATEAUBRIAND publie des vers de 1788 sur la forêt dans L’Almanach des Muses, un an après l’avoir visitée en compagnie d’Alexis Durand, le menuisier-poète. Celui-ci fait paraître peu après La Forêt de Fontainebleau, poème en quatre chants inspiré par ses escapades solitaires et dominicales dans le massif depuis 1821.
En 1836, MUSSET publie La Confession d’un enfant du siècle (écrit en 1834) faisant notamment le récit d’une escapade dans la forêt avec George SAND pendant son séjour à Fontainebleau du 5 au 13 août 1833. Ce sont ces mêmes courses romantiques qui lui inspirent, un peu plus tard, en 1841, le poème Souvenir. La forêt de Fontainebleau resta un motif cher à George SAND, qui évoqua, à son tour, la même promenade dans Elle et lui en 1858.
En 1837 paraît le livre de JAMIN les Quatre promenades dans la forêt de Fontainebleau qui constitue un premier guide destiné à décrire la forêt et ses environs au public.
V/ La bataille de l’École de Barbizon pour la défense et la sauvegarde de la forêt de Fontainebleau
Dans le premier tiers du 19ème siècle, l’implantation de 6 000 ha résineux, entreprise à partir de plusieurs centaines d’hectares par an depuis 1830, suscite l’opposition et la colère des peintres de l’Ecole de BARBIZON qui accusent ces plantations de résineux de dénaturer les paysages [13]. Ils s’opposent également à des coupes dites de régénération projetées dans les vieilles futaies en 1837.
Leur chef de file Théodore ROUSSEAU [14], peintre et graveur français (1812-1867), adresse, en 1852, une lettre-pétition au ministre de l’Intérieur, le duc de MORNY au nom de « tous les artistes qui peignent la forêt » en lui demandant que « les lieux soient mis hors d’atteinte de l’administration forestière qui les gère mal, et de l’homme absurde qui les exploite ». Avec ses amis peintres de l’école de Barbizon, il fonde la Société des amis de la forêt de Fontainebleau pour la protéger [15].
Sous le Second Empire une telle démarche ne fut pas sans effet car dès 1853 les artistes obtiennent la création d’une réserve de 624 ha de vieilles futaies et de zones rocheuses (Bas Bréau, Cuvier Châtillon, Franchard, Apremont, la Solle, mont Chauvet) constituant ainsi des « sanctuaires de la nature » soustraits à l’action des forestiers, par dérogation aux règles d’exploitation habituelles. En faisant appel au caractère artistique exceptionnel des lieux, pour la première fois en France, le souci de « protection de la nature », sous l’angle esthétique et paysager, est associé à la gestion forestière. Le processus de protection se poursuit avec le décret impérial du 13 août 1861 portant la « réserve artistique » (21e série) à 1 094 ha.
Il s’agissait des « séries artistiques » de Fontainebleau qui avaient servi de modèle aux tableaux des peintres de Barbizon . Le décret précité divisait la forêt de Fontainebleau en trois sections dont l’une – la troisième – « comprenant les tirés, les promenades, les dépendances spécialement affectées au service des chasses, ensemble 1630 ha et 70 ares serait laissé en dehors de tout aménagement régulier » [16].
L’on s’est d’ailleurs plu à signaler, à juste titre, qu’une telle initiative protectrice de la nature est elle-même antérieure au Yosemite Grant Act signé par le président LINCOLN le 30 juin 1864 (voir le document ci-dessous). En effet, la « loi autorisant la concession à l’État de Californie de la vallée de Yosemite et des terres entourant le bois des Grands-Arbres de Mariposa » est adoptée en 1864 [17]. Ce que l’on sait moins c’est que cette loi trouve son origine dans l’action des voyageurs, journalistes, peintres et photographes qui découvrent la vallée ou les grands arbres à partir des années 1850 et demandent leur protection. Cédée aux États-Unis au terme de la guerre du Mexique (1846-1848), la Californie est alors livrée à la ruée vers l’or (1848-1856) et devient, en 1850, le 31e État de la fédération nord-américaine [18].
C’est dire qu’en devançant de quelques années l’adoption du Yosemite Grant Act, la forêt de Fontainebleau fut le premier site naturel protégé du monde [19].

Above, the actual document from the National Archives – Senate Bill 203 that created the first protected wilderness in America (Source : site Yosemite Life, Field Notes History : » The 1864 Yosemite Grant : A Document That Changed America« )
Mais la querelle loin d’être éteinte, renaît au début de la IIIe République. En effet, malgré la protection du décret impérial de 1861, le projet du gouvernement d’Adolphe THIERS envisage, en 1872, l’abattage d’arbres pour les remplacer par des résineux. En guise de protestation, le 7 octobre 1872, une pétition est adressée à la presse, dans laquelle les artistes protestent contre des coupes qu’ils jugent abusives. Ils se constituent en Comité de protection artistique de la forêt de Fontainebleau rassemblant artistes, intellectuels et écrivains pour défendre cette forêt contre les abattages et les coupes abusives et gagnent à leur cause George SAND et Victor HUGO.
George SAND – qui voue un amour quasi sensuel à la nature [20] et possède une connaissance concrète de la vie paysanne affectionne en particulier la forêt de Fontainebleau – apporte vite son soutien aux opposants et apparaît comme l’égérie de la future écologie. Déjà, au sortir de l’enfance, elle avait pris goût aux sciences naturelles en bêchant, semant, cultivant, plantant, classant les plantes, les papillons [21]. C’est dire qu’elle va hissser et rehausser son combat sous les auspices de la rigueur et de la science en convoquant toutes les sciences naturelles : la biologie, l’entomologie, la géologie mais aussi les sciences de l’ingénieur pour rédiger un plaidoyer de douze pages où elle écrit de manière prémonitoire :
« Si on n’y prend garde, l’arbre disparaîtra et la fin de la planète viendra par dessèchement, sans cataclysme nécessaire, par la faute de l’homme ».
HUGO a été un fervent défenseur de la forêt de Fontainebleau, considérant cette forêt comme un monument naturel à sauver en affirmant : « Ce que les siècles ont construit, les hommes ne doivent pas le détruire« . Son engagement a été un catalyseur pour le mouvement national en faveur de la protection de la forêt de Fontanebleau qui mobilise également à ses côtés Louis FOUCHER de CAREIL [22], ancien préfet de Seine-et-Marne (1872-1873) lequel, devenu sénateur du département, dépose, le 3 avril 1876, une proposition de loi visant à augmenter de 1000 hectares la réserve délimitée sous le Second Empire.
Mais la proposition de l’ancien préfet – bien que fortement argumentée et s’appuyant notamment sur l’intervention du Congrès américain lors du vote du Yosemite Grant Act précité – est rejetée après avis défavorable de la première commission d’initiative parlementaire, comme le sera également celle de Horace de CHOISEUL [23] qui, le 16 décembre, proposa de réduire, à l’occasion de la discussion du budget des recettes de l’exercice 1877, de 1000 francs les coupes de bois, en reprenant les mêmes arguments et en évoquant à son tour à l’illustre exemple de la vallée de Yosemite. Son amendement est repoussé à la demande du directeur général des forêts, commissaire du Gouvernement [24].
En revanche, sous la 3ème république, la « réserve artistique » progresse considérablement par rapport au Second Empire, puisqu’elle passe de 1 094 ha (1861) à 1 693 ha entre 1892 et 1904.
VI/ Les premiers sentiers DENECOURT (1842) et le plus large accès à la forêt
La forêt de Fontainebleau ne serait pas aussi accueillante et hospitalière sans les sentiers tracés par Claude-François DENECOURT. C’est en effet à ce vétéran de l’armée napoléonienne (1809-1814) qui, avec le retour des Bourbons (1814-1848), fut révoqué, en 1832, pour ses idées républicaines, que l’on doit la merveilleuse invention des premiers sentiers balisés au monde en forêt de Fontainebleau [25]

Ci-dessus, un sentier tracé par Claude-François Denecourt en forêt de Fontainebleau au XIXe siècle
Ayant entretenu une certaine proximité avec la forêt de Fontanebleau pour avoir été nommé concierge dans une caserne de Fontainebleau, après sa révocation, à 44 ans, il va découvrir cette forêt elle-même et faire partager son attachement pour ce massif en éditant des cartes et des guides de voyage et en créant les tout premiers sentiers balisés au monde.
Ainsi dans l’édition du guide DENECOURT, de 1843, on apprend comment rejoindre cette forêt depuis Paris : une véritable épopée nécessitant pas moins de 8 heures de trajet en bateau à vapeur, les classes sociales plus aisées pouvant s’y rendre en voiture. Il faut vraiment attendre l’arrivée du chemin de fer à AVON, en 1849, pour que la forêt de Fontainebleau devienne plus accessible.
Il reste que la forêt de Fontainebleau est alors surtout accessible aux classes bourgeoises car, même avec l’arrivée du chemin de fer au milieu du siècle, un billet de train coûte, à l’époque, 6 francs et un guide DENECOURT environ 3 francs, alors qu’un salaire d’ouvrier est de 3 francs par jour et il faut donc l’équivalent de 2 journées de travail pour s’offrir le voyage de Paris à Fontainebleau.
Les premières cartes de DENECOURT ont d’abord été conçues pour arpenter la forêt en calèche. Mais lui-même infatigablement habitué aux longues marches militaires napoléoniennes, il va vite inciter les promeneurs à la découvrir à pied. C’est ainsi qu’à partir de 1842, il va baliser des sentiers pédestres, les fameux sentiers bleus en peignant des grandes flèches bleues au risque de s’aliéner la réprobation des peintres craignant qu’on ne dénature leur chère forêt… Il donne également un nom à certains de ses sentiers et points de repères en s’inspirant de la mythologie ou en puisant des noms de personnages dans l’Histoire de la France. Il ne dédaigne pas aménager des fontaines et ses grottes au sein de la forêt. Sans parler d’une tour d’observation désormais dénommée tour « Denecourt ».
Ci-dessous, la tour DENECOURT de la
forêt de FONTAINEBLEAU

À partir des annnées 1850/1855, DENECOURT reçoit la consécration publique : article dans le Larousse qui souligne la manière dont il a su mettre la forêt à la portée de tous ; louange de Théophile GAUTIER [26] dans un Recueil lui rendant hommage et dans lequel l’illustre écrivain précitée n’hésite pas à le comparer à « Sylvain », Dieu des bois…
C’est qu’en effet DENECOURT a créé pas moins de 150 kms de sentiers balisés. Après sa mort, c’est son disciple Charles COLINET qui, de 1875 à 1905, reprend son travail, lequel va ensuite être poursuivi par sa femme Maria COLINET, de 1905 à 1921, dans le même esprit, avec plus de 100 km de nouveaux sentiers.
Mais à la fin de la Seconde Guerre mondiale, va se poser la question du mainitien ou non de ces sentiers qui, n’ayant pas été entretenus, ont été reconquis et parfois effacés par la nature. Ils sont évalués, aujourd’hui, à 300 kms environ [27], et l’on a finalement décidé de les conserver. Leur entretien est aujourd’hui assuré bénévolement par l’Association des Amis de la forêt de Fontainebleau, fondée en 1907.
CONCLUSIONS
Au cœur d’un territoire densément urbanisé, la forêt de Fontainebleau constitue un espace vital pour la biodiversité et le bien-être des habitants franciliens. Elle s’ajoute aux autres forêts franciliennes qui, selon l’ONF, couvrent près de 24 % de la surface régionale, soit environ 287 000 hectares : l’Île-de-France est ainsi la 6ème région la plus boisée de France.
Quant à la forêt de Fontainebleau elle-même, elle est une construction millénaire de la Nature mais elle est aussi le fruit de la bataille des hommes pour l’étendre d’abord et la sauvegarder ensuite comme un impérissable monument national mais aussi de l’Humanité que nous avons le devoir intergénérationnel de transmettre aux futures générations comme une précieuse composante de notre planète terre.
Aujourd’hui, cette forêt si attractive et magnétique – qui a une histoire propre et même une âme car elle fut, comme on l’a évoqué, le premier site naturel protégé du monde – parle plus que jamais au monde. Candidate au classement dans le patrimoine mondial de l’Unesco, en extension du château lui-même inscrit depuis 1981, elle a franchi, en septembre 2020, une nouvelle étape majeure en entrant sur la liste indicative nationale du patrimoine mondial sous l’intitulé « Domaine de Fontainebleau ».
C’est dans cet esprit que nous publions sous le présent article la « SUPPLIQUE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ET À NOS ÉLUS LOCAUX » rédigée par Pascal VILLEBEUF, Président de l’Association Sauvez la forêt de Fontainebleau.
Louis SAISI
Paris, le 21 août 2026
NOTES
[1] Notamment le Paléolithique supérieur (vers 12 000 av. J.-C.)
[2] Le Mésolithique se situant entre 9 000 et 5 500 av. J.-C.
[3] GERSAR (Groupe d’étude de recherche et de sauvegarde de l’art rupestre) : « La forêt de Fontainebleau, un royaume de l’art rupestre », sur CNRS Le Journal ; « La mémoire dans la pierre, la restauration et la préservation des gravures rupestres » [vidéo sur le site Onf.fr).
[4] Ce sont les sites le plus souvent cités comme appartenant au bronze moyen qui s’étend environ de 1600 à 1350 av. J.-C.
[5] « La forêt de Fontainebleau et les artistes en 30 dates – Écrivains, peintres et photographes à Barbizon », BNF essentiels.
[6] La fréquentation des forêts par BRUANDET était tellement bien établie qu’on racontait alors que par une belle journée d’octobre 1787, au retour d’une chasse entreprise en forêt de Fontainebleau, questionné sur le gibier rencontré, le roi Louis XVI aurait fait cette réponse : « En fait je n’ai rencontré que des sangliers et Bruandet ».
[7] « La forêt de Fontainebleau et les artistes en 30 dates – Écrivains, peintres et photographes à Barbizon », BNF essentiels.
[8] Ibid.
[9] Ibid.
[10] Ibid.
[11] Claude Gellée ou Gelée, dit « le Lorrain », Claude LORRAIN, peintre, dessinateur et graveur lorrain, il passa la majeure partie de sa vie en Italie. À la fin des années 1630, il s’imposa comme le principal peintre paysagiste d’Italie. Ses paysages devinrent progressivement plus grands, avec moins de personnages, peints avec plus de soin et produits à un rythme moins soutenu. S’il est aujourd’hui considéré comme un peintre français, il est néanmoins né dans le duché de Lorraine, alors indépendant et rattaché au Saint-Empire romain germanique.
[12] Intimement liée au romantisme français, l’école de Barbizon (1820-1875) est un mouvement pictural qui doit son nom informel à une succession de colonies de peintres paysagistes établis autour de Barbizon qui manifestent leur désir de travailler « en plein air et d’après nature » dans la forêt de Fontainebleau.
[13] Selon Les Amis de la forêt de Fontainebleau, c’est au cours de la Renaissance que les premiers pins ont été introduits à Fontainebleau. Ils représentent aujourd’hui environ la moitié du couvert forestier du massif. Selon cette association, le Pin maritime et le Pin sylvestre se sont acclimatés aux conditions des milieux colonisés et ont évolué sous l’action des hommes non sans susciter des controverses liées au succès de ces essences qui se perpétuent encore aujourd’hui. L’association précitée note que de nombreux pins sont recensés comme arbres remarquables dont le Pin laricio, qui, bien que peu présent mais souvent de qualité exceptionnelle, présente la particularité d’avoir été multiplié par une technique de greffage mise au point et pratiquée à grande échelle durant la 1ère moitié du XIXème siècle (Les Amis de la forêt de Fontainebleau : Histoire de Pins, Promenade du dimanche 28 janvier 2024).
[14] Marianne DEULA : « Théodore Rousseau, le peintre porte-voix des arbres de Fontainebleau », sur enlargeyourparis.fr
[15] Louis BADRÉ : Histoire de la forêt française, Paris, Arthaud, 1983, 312 p., p. 168-169.
[16] Francis MONAMY ; « La protection de la dimension artistique des paysages », Revue Sites et Monuments, 2025/1, N° 232, pp. 70 à 76.
[17] La « loi autorisant la concession à l’État de Californie de la vallée de Yosemite et des terres entourant le bois des Grands-Arbres de Mariposa » est signée par le président Abraham LINCOLN le 30 juin 1864 avant même la fin de la guerre de Sécession (1861-1865).
{18] Langlois • Histoire &c. : « Loi autorisant la concession à l’État de Californie de la vallée de Yosemite ».
[19] « La querelle des deux puissances de la forêt de Fontainebleau (1872-1876) », in LANGLOIS Histoire & c. Documents environnement.
[20] En juin 1876, à Nohant, les derniers mots de George SAND furent « Laissez verdure », autrement dit laissez faire la nature (Radiofrance, « George Sand et la nature », Dimanche 22 février 2026).
[21] Radiofrance, op. cit.
[22] En 1870, de retour d’un voyage outre-Atlantique (1869), Louis FOUCHER de CAREIL avait publié dans La Liberté un article sur la protection des sites naturels américains et donné une traduction du Yosemite Grant Act.
[23] Horace Eugène Antoine, comte de CHOISEUL-PRASLIN (1837-1915), fut un diplomate et homme politique français, député sous la IIIe République, sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères de Jules Ferry en 1880-1881. Député de Seine-et-Marne de 1869 à 1870, à la fin du Second Empire, et membre de l’opposition libérale, il vote contre le plébiscite de 1870 et contre l’entrée en guerre de la France. Après la chute de Napoléon III, il est élu chef d’un bataillon de la Garde nationale de Paris. Élu représentant en février 1871, il est nommé ministre plénipotentiaire en Italie en mars, mais renonce à ce poste en novembre. Réélu en Seine-et-Marne jusqu’en 1885, il siège dans les rangs du centre-gauche, soutenant l’avènement de la IIIe République dans une perspective conservatrice. Lors de la crise du 16 mai 1877, il est signataire du manifeste des 363 manifestant la défiance de ses signataires au président Mac MAHON.
[24] « La querelle des deux puissances de la forêt de Fontainebleau (1872-1876) », in LANGLOIS Histoire & c. Documents environnement.
[25] Jean-Claude POLTON, historien et membre de l’Association des Amis de la forêt de Fontainebleau : « Denecourt, l’inventeur des premiers sentiers balisés au monde en forêt de Fontainebleau », in Enlarge your Paris, Culture, 14 juillet 2026.
[26] Jules Pierre Théophile GAUTIER (1811-1872). Poète, romancier et critique d’art français, il fut un membre actif de l’école littéraire dite du « Parnasse » dont le slogan créé par GAUTIER lui-même était « L’Art pour l’art » (oppositions au romantisme).
[27] Jean-Claude POLTON : « Denecourt, l’inventeur des premiers sentiers balisés au monde en forêt de Fontainebleau », in Enlarge your Paris, Culture, 14 juillet 2026.
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SUPPLIQUE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ET À NOS ÉLUS LOCAUX
de Pascal VILLEBEUF
Président de l’Association Sauvez la forêt de Fontainebleau (créée en 2022)
La forêt de Fontainebleau est un monument national comme Notre Dame.
L’incendie de Notre Dame a entraîné près de 500 millions d’euros de don pour la restaurer. Nous, association de défense de la forêt de Fontainebleau, réclamons un plan d’urgence national pour la restauration de l’intégrité du massif de Fontainebleau qui aurait dû devenir un Parc National depuis 1913 !!!
Si vous vous déplaciez à Fontainebleau c’est nous l’espérions pour annoncer une aide d’urgence de l’État !!! Non, il n’en fût rien.
Nous réclamons la mise en place en 2027 d’une compagnie officielle de surveillance du massif, notamment entre avril et septembre. Ce massif ne peut plus être géré avec si peu de moyens octroyés aux équipes ONF DE FONTAINEBLEAU !!!
Un plan d’urgence de replantation doit être mis au point pour replanter les zones détruites. Bien sûr, les Réserves Biologiques détruites seront reconstituées en laissant faire la nature. Quand nous parlons de replantation, c’est pour reconquerir notamment les parcelles de feuillus sinistrées. Parallèlement, il faut aussi une strategie de lutte intense pour stopper l’enrésinement du massif. Au 19 siècle, on comptait 70 % de Feuillus. Les résineux ont pris le dessus, régnant sur plus de 50% du massif voire plus. Nous disons stop. Les feuillus adaptés au nouveau climat doivent revenir en masse. Il faut donc un nouveau plan d’aménagement pour cette forêt.
Arrêtons de dire qu’elle est exceptionnelle, unique au monde alors qu’en face elle est méprisée, bafouée depuis des années. Monsieur le Président, prouvez-nous que l’écologie et la protection des forêts est votre priorité. Cette demande est aussi valable pour les futurs candidats aux présidentielles et à nos élus locaux qui n’écoutent pas nos mises en garde depuis ces dernières années.
L’association sauvez la forêt de Fontainebleau demande à tous les habitants, à tous les visiteurs, à toutes les personnalités qui ont exprimé leur peine face aux incendies réclament tous ensemble des moyens importants et d’urgence pour rétablir ce fait : la forêt de Fontainebleau est un monument national qu’il faut sauver de l’effondrement
Les personnes qui veulent s’investir dans ce sens peuvent nous écrire.
Contact : sauvezlaforetdefontainebleau2022@yahoo.com
Soutenez nous !
Pascal VILLEBEUF
Président de l’Association Sauvez la forêt de Fontainebleau
Vice-président de la fédération de defense des forêts d’Ile de France
Vice-président de la fédération des associations de défense de la vallée de
la Seine (77)