7 idées fausses sur les migrations par Amnesty International
à partir de l’analyse de l’ouvrage
En finir avec les idées fausses sur les migrations, de Sophie-Anne BISIAUX [1]
(Éditions de l’Atelier, 2 septembre 2025, 208 pages) [2]
Nous avons modestement déjà consacré, de 2017 à 2025, avec deux précieuses contributions de Michel GIRARD, une douzaine d’articles publiés sur ce site – « ideesaisies.deploie.com » (voir leur récapitulation en Annexe) – aux problèmes de l’immigration en France et en Europe en mesurant combien ils sont récurrents et lancinants, entourés de l’habituelle xénophobie ambiante et attisés par des forces politiques hostiles à l’étranger, celui qui vient d’ailleurs et dont il faut a priori se défier, au mépris de la fraternité la plus élémentaire et universelle inscrite pourtant dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 :
« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité » (Article 1er).
À l’occasion de la sortie du livre de Sophie-Anne BISIAUX En finir avec les idées fausses sur les migrations, dont elle est partenaire, Amnesty International [3] décrypte ci-dessous 7 préjugés sur ce sujet vulnérable à » la montée du racisme et de la xénophobie » dont elle considère, à juste titre, qu’il est » urgent de déconstruire les représentations qui font obstacle à l’accueil digne des personnes migrantes « .
Nous remercions Amnesty International France de nous avoir fort aimablement autorisé à publier ci-dessous son analyse pénétrante et socialement utile de ce précieux ouvrage qui démonte les contre-vérités volontairement destinées à jouer sur les peurs irrationnelles de nos concitoyens.
Louis SAISI
Paris, le 27 novembre 2025
AMNESTY INTERNATIONAL
7 idées fausses sur les migrations
Les idées fausses sur les migrations ont la peau dure. Les discours d’inquiétude, voire de rejet, relayées et banalisées dans les sphères politiques et médiatiques favorisent une montée du racisme et de la xénophobie. Il est donc urgent de déconstruire les représentations qui font obstacle à l’accueil digne des personnes migrantes.
1. « Les personnes migrantes sont pour la plupart des personnes pauvres et peu instruites »
➡️FAUX
- 63 % des personnes migrantes viennent de pays dits « à revenu intermédiaire ».
- Seuls 13 % des personnes migrantes viennent de pays dits « pauvres ».
- En France, 17 % des personnes migrantes ont un bac + 5 : plus que la moyenne nationale.
👉 C’est l’accueil qui crée la précarité : diplômes non reconnus, discriminations, emplois déqualifiés, etc. La vulnérabilité vient donc le plus souvent du pays d’arrivée, pas du pays d’origine.
2. « Les frontières européennes sont des passoires, il faudrait les renforcer »
➡️FAUX
- Sur la période 2021-2027, le budget alloué à la gestion des frontières de l’Union européenne (UE) est 7,2 milliards d’euros, soit une explosion de + 194 % du budget de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex).
- 13 % des frontières terrestres de l’UE sont déjà murées (et ça continue…)
- Sans compter le fichage massif dès 6 ans, le filtrage et la détention aux frontières, le droit d’asile affaibli, les expulsions accélérées, etc.
👉 Le nouveau pacte européen sur la migration et l’asile (2024) est en réalité la continuité de 30 ans de politiques répressives.
3. « La France a toujours été une terre d’asile et continue de l’être »
➡️FAUX
- Dans les années 1970, 90 % des demandes d’asile étaient acceptées, contre 10 % début 2000.
- En 2023, le taux d’acceptation du statut de réfugié⸱e en France est de 39 %, contre 43 % en moyenne en Europe.
- La loi « Asile et Immigration » de 2018 c’est : des expulsions facilitées et des recours très limités.
-
Celle de 2024 va encore plus loin : assignation à résidence, enfermement pour « risque de fuite », durcissement des critères pour obtenir le statut de réfugié⸱e.
- On observe également des refoulements systématiques à la frontière franco-italienne.
👉 Ainsi, le droit d’asile est en chute libre, les lois sont de plus en plus restrictives et des pratiques illégales sont mises en place aux frontières. D’ailleurs, en 2020, le Conseil d’État reconnaît une atteinte grave au droit d’asile, et en 2024, la défenseure des droits dénonce à nouveau ces pratiques.
4. « Ce sont surtout des personnes originaires d’Afrique qui migrent, et principalement vers l’Europe »
➡️FAUX
-
Sur 281 millions de personnes migrantes : 114 millions viennent d’Asie, 63 millions d’Europe, 43 millions d’Amérique latine et des Caraïbes et 41 millions d’Afrique.
- 69 % des personnes migrantes s’installent dans un pays voisin de leur pays d’origine.
- 71 % des personnes réfugiées sont accueillis dans des pays dits « à revenu faible » ou « moyen », qui ne font pas partie de l’UE.
👉 L’UE n’accueille qu’une faible part des personnes réfugiées et les migrant⸱es africain⸱es ne représentent que 2 % de la population européenne.
5. « La régularisation crée un appel d’air »
➡️FAUX
- En 2005, l’Espagne a effectué 600 000 régularisations. Le nombre d’entrées sur son territoire n’a pas augmenté ensuite.
-
En 2012, les États-Unis ont régularisé des centaines de milliers de jeunes. Le nombre d’entrées sur son territoire n’a pas augmenté ensuite.
👉 Régulariser les personnes migrantes ne crée pas d’appel d’air. En revanche, respecter leurs droits permet de les sortir de la précarité.
6. « Migrer, c’est une affaire d’hommes »
➡️FAUX
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Les femmes représentent 48 % des personnes migrantes. Elles sont de plus en plus nombreuses à voyager seules ou en tant que cheffes de famille. En Europe et en Afrique du Nord, les femmes sont même majoritaires.
- Elles sont plus souvent victimes de violences et leur parcours est marqué par une double peine : l’exil et le sexisme.
- 90 % des femmes passées par la Méditerranée ont subi des violences sexuelles.
-
Le fait qu’elles soient femmes les place dans des situations de dépendance économique qui les exposent à divers abus dans le pays d’accueil.
👉 Associer les personnes migrantes à des figures masculines – souvent plus menaçantes – est une manière de jouer sur les peurs et de limiter l’empathie.
7. « L’accueil des étranger·ères est très coûteux»
➡️FAUX
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Sur le budget « migrations et frontières » de l’UE : + 289 % pour Frontex contre + 36 % seulement pour l’accueil. Ainsi, la répression progresse, mais l’asile reste sous-financé.
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En France, une expulsion coûte en moyenne 54 000 euros. Or, accueillir une personne coûte 7 000 à 40 000 euros… Et ce coût est largement amorti par la contribution économique des personnes accueillies.
👉 Le non-accueil coûte plus cher que l’accueil : s’attaquer aux personnes les plus discriminées fragilise toute la société.
En finir avec les idées fausses sur les migrations est un ouvrage écrit par Sophie-Anne Bisiaux et préfacé par François Héran, qui décrypte et déconstruit 60 idées fausses sur les migrations, pour sortir des discours qui laissent croire qu’une politique d’accueil est impossible.
Publié le 4 novembre 2025 par Amnesty International
NOTES
[1] Sophie-Anne BISIAUX, diplômée en droit, sciences politiques et philosophie politique, travaille sur les politiques migratoires et l’externalisation des frontières. Autrice de nombreux articles sur ces sujets, elle a mené des recherches de terrain en Afrique du Nord et sur la route des Balkans. Militante associative engagée dans la défense des personnes exilées et pour la liberté de circulation. Elle est ainsi membre du réseau Migreurop et engagée en Méditerranée auprès des acteurs civils de sauvetage en mer.
[2] L’ouvrage est préfacé par François HÉRAN, sociologue et démographe. Spécialiste reconnu des questions migratoires, il est lui-même l’auteur de plusieurs ouvrages de référence sur le sujet, parmi lesquels Avec l’immigration : Mesurer, débattre, agir (La Découverte, 2017) et Immigration, le grand déni (Seuil, 2023).
Outre le soutien d’Amnesty International France, l’ouvrage est également soutenu par 20 autres associations et organisations impliquées sur la question des migrations : Anafé, Anvita, Attac France, CCFD-Terre Solidaire, Comede, CRID, Emmaüs Solidarité, Fasti, Gisti, GOEES, La Cimade, La Ligue de l’enseignement, LDH (Ligue des droits de l’Homme), Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières, Migreurop, MAN, Oxfam France, Syndicat de la Magistrature, Syndicat des Avocat·es de France.
[3] Amnesty International vient de publier, sous le titre A la merci d’un papier, son rapport résultant d’une enquête d’un an et demi rassemblant 27 entretiens d’homme et femmes d’origine étrangère travaillant en France, avec une analyse de documents, et des éclairages d’avocats, qui révèle comment la France, via un système dysfonctionnel, fait basculer des personnes en situation régulière, dans l’irrégularité en fabriquant ainsi la précarité des travailleur·se·s étranger·e·s.
ANNEXE : LES MIGRANTS : articles publiés sur le site « ideesaisies »